Archives mensuelles : novembre 2015

Ouvriers d’ArcelorMittal : quatre morts en moins d’un an

SidérurgisteLe 26 décembre 2014, sur le site sidérurgique d’ArcelorMittal de Dunkerque (59), un ouvrier de 36 ans décède percuté par une chargeuse. Le 12 avril 2015, un intérimaire de 21 ans meurt écrasé entre deux wagons. Selon Bernard Collin, le secrétaire CGT du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du site Dunkerquois le décès est intervenu durant une opération de déchargement sous-traitée. Ce jour-là les trois membres de l’équipe était tous intérimaires et avaient très peu de formation. Le 13 juillet 2015, toujours à Dunkerque, Jérome 41 ans envoyé par l’agence d’intérim Randstad tombe dans la fonte en fusion à 1400°C. Sur le site de Fos-sur-Mer (13), le 10 septembre un ouvrier d’une entreprise sous-traitante subit le même sort. Il avait 29 ans. Lire la suite

Je ne suis pas en guerre

Texte traduit depuis le morceau Bloodsports par New Model Army – (Sullivan/Nelson/Dean/White/Gill) 2007 – Attack Attack Music/MCPS

Je ne suis pas en guerre

Des boîtes remplies de balles. Des caisses empilées avec des boîtes. Des uniformes et du matériel. Des repas emballés dans du plastique. Les navires sont chargés dans la nuit. Toutes les nuits ces navires sont chargés. Sous l’éclat des projecteurs qui brûlent, la danse des nuées de moustiques.

Et dans le feu de ce soleil rouge sang, les vieux chefs continuent d’envoyer ces jeunes hommes dans un monde d’acier tordu et l’odeur âcre du métal brûlant. Aujourd’hui dans les rues de ma ville, nous nous regardons comme si nous étions des étrangers.

Mais dis le fort, crie le fort : je ne suis pas en guerre.

Il se murmure : « ce corps que j’ai reçu doit retourner à son créateur ; sous mes vêtements ces secrets cachés, le sacrifice que je dois offrir ».

Un checkpoint. Des soldats. Des branches de cyprès qui s’agitent. La lumière aussi dure que le verre. Et le ciel qui attend bleu et froid.

Aujourd’hui dans les rues de ma ville, nous nous regardons comme si nous étions des étrangers.

Mais dis le fort, crie le fort : je ne suis pas en guerre.

Ces mots stupidement vides pourraient s’écrire sur la peau pâle et froide des morts gisant dans ces tombes précaires creusées le long des routes bombardées et bordées de palmiers.

À la terrasse des bars et des cafés, dans chaque ville, dans chaque nation, il y a ce sport sanglant sur les écrans. Ces voix tendues et atones. Il y a des caméras à côté des cimetières. Dans les chambres de torture. Des caméras dans le ciel pour guider ces missiles qui tombent.

Et dans le feu de ce soleil rouge sang, les vieux bourgeois envoient encore ces jeunes hommes dans un monde d’acier tordu et l’odeur âcre du pétrole brûlant.

Aujourd’hui dans les rues de ma ville, nous nous regardons comme si nous étions des étrangers.

Mais dis le fort, crie le fort : je ne suis pas en guerre.

Attentats de Paris du 13 novembre 2015

Pervers pépère - GotlibLe 13 novembre 2015, la région parisienne a été la cible d’attaques terroristes faisant au moins 129 victimes massacrées au nom d’un mensonge nommé dieu. Nous condamnons ces atrocités avec fermeté. Nous exprimons toute notre douleur et notre soutien aux proches de celles et ceux qui ont perdu la vie. La réponse des personnes qui agissent au nom de cette autre fiction qu’est l’État n’a pas tardé. Unité, état d’urgence, surveillance, guerre. Nous refusons cet appel à l’unité derrière l’État. Les libertés sont le fait de la société et non pas d’institutions se plaçant au-dessus d’elle. Elles ne sont jamais définitivement acquises. Elles méritent un combat permanent et un perpétuel développement. Après l’unanimisme et les manifestations massives de janvier 2015, tout le monde est rentré chez soi. L’État a géré la situation avec sa logique autoritaire qui ne garantit rien. Pas même, preuve en est, la paix et la sécurité dont il se déclare le gardien. La liberté implique le respect et le refus de dominer. Les identités sont multiples et mouvantes. Nous ne réduisons pas les individus à leurs seules dimensions de croyants ou non croyants.

L’intégrisme islamique est un instrument de domination totalitaire et ultra-patriarcale. Quand bien même il s’agirait d’une réponse à l’oppression, la fin ne justifie pas les moyens. Des États théocratiques et des forces politiques ou économiques puissantes se réclament ou appuient plus ou moins officiellement l’islamisme. Le but serait de créer un empire (ou un califat) méprisant le reste du monde en le soumettant à sa loi. Mais la très grande majorité des musulman-es aspirent à pratiquer leur religion en paix et ne reconnaissent rien de ces meurtres dont elles/ils sont aussi les victimes. Parmi les ennemi-es de l’islamiste figurent les musulman-es qui se positionnent en faveur de la laïcité. Il faut soutenir les personnes d’origine africaine et orientales qui œuvrent à une critique des menaces que fait peser l’intégrisme islamique sur la liberté et la justice.

Une ambiance xénophobe règne dans le pays depuis longtemps. L’antisémitisme et le traitement particulier de l’islam comme s’il s’agissait d’une religion « à part »  planent comme un spectre au-dessus de tous les débats. L’extrême-droite qui n’a de cesse de monter en France est ouvertement contre les musulmans. Elle charrie aussi avec elle une « tradition » antisémite répugnante. L’État par sa politique impérialiste, raciste, sexiste et sécuritaire porte une lourde responsabilité. Entre 2000 et avril 2014, 127 personnes la plupart issues de l’immigration ont été tuées lors d’interventions policières. 17 lois portant sur la lutte contre l’insécurité ont été votées. La police française inflige des traitements humiliants à des personnes qu’elle suppose, au faciès, être musulmanes. Elle a tué un manifestant à Sivens dans le Tarn, il y a plus d’un an. Le mouvement social est sans cesse criminalisé. L’arsenal policier utilisé s’est considérablement perfectionné. Les législations d’exception concernant la lutte contre le terrorisme entraînent un arbitraire dangereux justifié par un état de guerre. Car la France intervient en Libye, au Mali, en Irak, en Afghanistan, en Syrie. Plus loin de nous des massacres se produisent dans l’indifférence. Ni racisme, ni guerre de religions, ni patriarcat, ni État, ni capital. Nous appelons à nous réapproprier la liberté et la justice que les pouvoirs sacrés – étymologiquement la hiérarchie – bafouent chaque jour.