Archives de l’auteur : Juste Libre

I’m so bored with Daniel Mermet… ou pas

« 1, 2, 3, 4, I’m so bored with you! ». Joe Strummer répétant pour la première fois avec ce qui allait devenir The Clash juge un peu limité le niveau du texte : « Chantons plutôt : I’m so bored with the USA! ». Le guitariste et le bassiste grognent : « Mais c’est pas ça qu’on voulait écrire. C’est une chanson sur ma copine : j’en ai marre de toi ! »

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Lost in the fall of movement

Lost in the fall of movement - Donefor - In the arms of Octopus

C’était un groupe qui répétait avec le notre dans un endroit nommé l’Académie de la Contre-Kultur. À Lyon dans le 9ème dans les années 2000. Il y avait des peintres, des poètes, des sculpteurs, des musiciens, des fous.

Donefor a évolué vers un groupe qui s’appelait Overmars. Il reste pour moi ce titre « Lost in the fall of a movement » issu d’un split EP entre les deux groupes.

Il m’a semblé intéressant de reproduire les conditions d’écriture de ce texte qui figurent dans le livret. Peut-être que les potes du groupe avaient un jour ressenti la même chose. Solidarité ?

« Je juge trop les gens… Nous jugeons trop les gens. »
« But I can’t reach resistance in a world in which I’m alone. »

NB – J’ai mis en ligne ce morceau et l’extrait de la pochette sans aucune autorisation du groupe. Si ils passent par ici qu’ils n’hésitent pas à me contacter dans le cas où ils seraient en désaccord avec cette démarche, j’enlèverai tout ça promptement. 

Capture d’écran du documentaire OTH sur des charbons ardents

OTH Concert sauvage Montpellier

« Et je me suis dit si je lâche la guitare, il va me foutre une baffe quoi. Et je me suis dit, je vais continuer à jouer en le regardant dans les yeux pour lui montrer que ne nous ce qu’on fait, c’est juste de la musique quoi, y’a pas de violence quoi. On voulait juste exprimer quelque chose de positif. »

Motch guitariste d’OTH à propos d’un concert sauvage à Montpellier en 1981 devant 200 à 300 personnes.

Ouvriers d’ArcelorMittal : quatre morts en moins d’un an

SidérurgisteLe 26 décembre 2014, sur le site sidérurgique d’ArcelorMittal de Dunkerque (59), un ouvrier de 36 ans décède percuté par une chargeuse. Le 12 avril 2015, un intérimaire de 21 ans meurt écrasé entre deux wagons. Selon Bernard Collin, le secrétaire CGT du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du site Dunkerquois le décès est intervenu durant une opération de déchargement sous-traitée. Ce jour-là les trois membres de l’équipe était tous intérimaires et avaient très peu de formation. Le 13 juillet 2015, toujours à Dunkerque, Jérome 41 ans envoyé par l’agence d’intérim Randstad tombe dans la fonte en fusion à 1400°C. Sur le site de Fos-sur-Mer (13), le 10 septembre un ouvrier d’une entreprise sous-traitante subit le même sort. Il avait 29 ans. Lire la suite

Je ne suis pas en guerre

Texte traduit depuis le morceau Bloodsports par New Model Army – (Sullivan/Nelson/Dean/White/Gill) 2007 – Attack Attack Music/MCPS

Je ne suis pas en guerre

Des boîtes remplies de balles. Des caisses empilées avec des boîtes. Des uniformes et du matériel. Des repas emballés dans du plastique. Les navires sont chargés dans la nuit. Toutes les nuits ces navires sont chargés. Sous l’éclat des projecteurs qui brûlent, la danse des nuées de moustiques.

Et dans le feu de ce soleil rouge sang, les vieux chefs continuent d’envoyer ces jeunes hommes dans un monde d’acier tordu et l’odeur âcre du métal brûlant. Aujourd’hui dans les rues de ma ville, nous nous regardons comme si nous étions des étrangers.

Mais dis le fort, crie le fort : je ne suis pas en guerre.

Il se murmure : « ce corps que j’ai reçu doit retourner à son créateur ; sous mes vêtements ces secrets cachés, le sacrifice que je dois offrir ».

Un checkpoint. Des soldats. Des branches de cyprès qui s’agitent. La lumière aussi dure que le verre. Et le ciel qui attend bleu et froid.

Aujourd’hui dans les rues de ma ville, nous nous regardons comme si nous étions des étrangers.

Mais dis le fort, crie le fort : je ne suis pas en guerre.

Ces mots stupidement vides pourraient s’écrire sur la peau pâle et froide des morts gisant dans ces tombes précaires creusées le long des routes bombardées et bordées de palmiers.

À la terrasse des bars et des cafés, dans chaque ville, dans chaque nation, il y a ce sport sanglant sur les écrans. Ces voix tendues et atones. Il y a des caméras à côté des cimetières. Dans les chambres de torture. Des caméras dans le ciel pour guider ces missiles qui tombent.

Et dans le feu de ce soleil rouge sang, les vieux bourgeois envoient encore ces jeunes hommes dans un monde d’acier tordu et l’odeur âcre du pétrole brûlant.

Aujourd’hui dans les rues de ma ville, nous nous regardons comme si nous étions des étrangers.

Mais dis le fort, crie le fort : je ne suis pas en guerre.

Attentats de Paris du 13 novembre 2015

Pervers pépère - GotlibLe 13 novembre 2015, la région parisienne a été la cible d’attaques terroristes faisant au moins 129 victimes massacrées au nom d’un mensonge nommé dieu. Nous condamnons ces atrocités avec fermeté. Nous exprimons toute notre douleur et notre soutien aux proches de celles et ceux qui ont perdu la vie. La réponse des personnes qui agissent au nom de cette autre fiction qu’est l’État n’a pas tardé. Unité, état d’urgence, surveillance, guerre. Nous refusons cet appel à l’unité derrière l’État. Les libertés sont le fait de la société et non pas d’institutions se plaçant au-dessus d’elle. Elles ne sont jamais définitivement acquises. Elles méritent un combat permanent et un perpétuel développement. Après l’unanimisme et les manifestations massives de janvier 2015, tout le monde est rentré chez soi. L’État a géré la situation avec sa logique autoritaire qui ne garantit rien. Pas même, preuve en est, la paix et la sécurité dont il se déclare le gardien. La liberté implique le respect et le refus de dominer. Les identités sont multiples et mouvantes. Nous ne réduisons pas les individus à leurs seules dimensions de croyants ou non croyants.

L’intégrisme islamique est un instrument de domination totalitaire et ultra-patriarcale. Quand bien même il s’agirait d’une réponse à l’oppression, la fin ne justifie pas les moyens. Des États théocratiques et des forces politiques ou économiques puissantes se réclament ou appuient plus ou moins officiellement l’islamisme. Le but serait de créer un empire (ou un califat) méprisant le reste du monde en le soumettant à sa loi. Mais la très grande majorité des musulman-es aspirent à pratiquer leur religion en paix et ne reconnaissent rien de ces meurtres dont elles/ils sont aussi les victimes. Parmi les ennemi-es de l’islamiste figurent les musulman-es qui se positionnent en faveur de la laïcité. Il faut soutenir les personnes d’origine africaine et orientales qui œuvrent à une critique des menaces que fait peser l’intégrisme islamique sur la liberté et la justice.

Une ambiance xénophobe règne dans le pays depuis longtemps. L’antisémitisme et le traitement particulier de l’islam comme s’il s’agissait d’une religion « à part »  planent comme un spectre au-dessus de tous les débats. L’extrême-droite qui n’a de cesse de monter en France est ouvertement contre les musulmans. Elle charrie aussi avec elle une « tradition » antisémite répugnante. L’État par sa politique impérialiste, raciste, sexiste et sécuritaire porte une lourde responsabilité. Entre 2000 et avril 2014, 127 personnes la plupart issues de l’immigration ont été tuées lors d’interventions policières. 17 lois portant sur la lutte contre l’insécurité ont été votées. La police française inflige des traitements humiliants à des personnes qu’elle suppose, au faciès, être musulmanes. Elle a tué un manifestant à Sivens dans le Tarn, il y a plus d’un an. Le mouvement social est sans cesse criminalisé. L’arsenal policier utilisé s’est considérablement perfectionné. Les législations d’exception concernant la lutte contre le terrorisme entraînent un arbitraire dangereux justifié par un état de guerre. Car la France intervient en Libye, au Mali, en Irak, en Afghanistan, en Syrie. Plus loin de nous des massacres se produisent dans l’indifférence. Ni racisme, ni guerre de religions, ni patriarcat, ni État, ni capital. Nous appelons à nous réapproprier la liberté et la justice que les pouvoirs sacrés – étymologiquement la hiérarchie – bafouent chaque jour.

7 et 8 novembre 2015 : Foire aux Livres Anarchistes de Marseille et 50 ans du CIRA

Logo FLAM CIRA 50 ans BHSamedi 7 novembre Foire aux Livres Anarchistes de Marseille (FLAM) 3ème édition
De 10 à 22h Espace Cézanne, CRDP, 31 Bd d’Athènes, 13001 Marseille (Métro Gare Saint Charles) Organisé par le CIRA (Centre international de recherches sur l’anarchisme)

Éditeurs présents : Alternative libertaire, K’A, Anarchist Black Cross, Louise Bottu, L’Atinoir, LPA, Le Chien rouge, Éditions du Monde libertaire, CIRA Lausanne, Le Mot et le reste, CNT-AIT, Éditions Noir et rouge, CNT-SO, PROMEMO, Le Coquelicot, Réfractions, CQFD, Rue des Cascades, CRAS, Senonevero, Le Flibustier, Tahin Party, Front libertaire, Titanic-Toursky, Gaussen, UPF, Les Hauts fonds,  Z (revue). Et plein d’autres sur le stand du CIRA Marseille.

Tables rondes
16 heures – L’anarchisme à Marseille : une origine oubliée Thierry Bertrand parlera de l’antimilitarisme et PROMEMO établira les liens entre mouvement ouvrier et mouvement anarchiste avec Bernard Régaudiat et Gérard Leidet.

18 heures – Actualité des pratiques libertaires dans les luttes contre les projets inutiles avec la participation de Tomás Ibáñez (pour une introduction générale) et d’acteurs des luttes de Sivens, Notre-Dame-des-Landes, No TAV et No THT 05.

Radio Libertaire retransmettra l’événement en direct de 15h30 à 20h30.

 

Dimanche 8 novembre Le CIRA fête ses 50 ans
12 heures – 19 heures – Espace Léo Ferré, Théâtre Toursky – 16, passage Léo Ferré – Marseille

Marionnettes, théâtre, musique, expos…

Lire le programme détaillé (pdf – 5 p.)

Air France : les habits neufs de l’empereur

À Air France on annonce 2900 suppressions d’emplois (300 pilotes, 900 hôtesses et stewards, 1700 personnels au sol) puis 5000 à la suite des élections de 2017. Des chiffres brutaux et ahurissants. Puis des images tournent en boucle. À 9h30, le lundi 5 octobre, le Comité central d’entreprise (CCE) débute. À 10h30 un cortège de manifestants rassemblant toutes les catégories de personnels solidaires et unies se tient devant le siège d’Air France. Le PDG Frédéric Gagey et le secrétaire de la CGC fuient par une porte dérobée. À 10h45, devant l’indifférence, les manifestants investissent le CCE en réclamant la démission du PDG d’Air France-KLM, Alexandre Juniac.

« On nous dit qu’il faut être transparents avec les clients mais vous est-ce que vous êtes transparents avec nous ? » interpelle une hôtesse avant d’ajouter : « On est pas venu chercher le conflit Messieurs, on est pas venu pour être violents, on est pas venu pour vous manquer de respect » mais pour « avoir le sentiment, l’impression d’être pris en considération, juste ça. Mais même ça vous ne pouvez pas nous le donner ! » La colère monte. Le DRH Xavier Broseta s’enfuit torse nu après s’être fait arracher sa chemise. La liquette de Pierre Plissonnier, numéro deux du long-courrier de la compagnie et son DRH à Roissy est aussi malmenée.

Passons sur le concert de réactions politiques et syndicales autour du thème de la violence. Choc ! Horreur ! On a essayé de mettre le roi à nu. Mais qui est le roi ? L’État (actionnaire à 17 %) et le Capital qui contrôlent la compagnie. Qu’est-ce qu’une chemise quand on supprime 2900 emplois ? Deux dirigeants, deux chefs dont le torse a été mis à nu sont ainsi ramenés à leur simple condition d’hommes par des travailleurs, des femmes et des hommes qu’ils « gèrent » en tant que « ressource ». Où est la véritable humiliation ?

Nous soutenons l’ensemble des salarié-es en lutte contre la férocité de ceux qui les dirigent. Nous serons vigilant-es sur la répression syndicale qui va suivre et nous appelons à une riposte massive des travailleurs et travailleuses au-delà des journées d’action sans s’en remettre aux élites et dirigeants, quels qu’ils soient.

Grève générale expropriatrice !

Refugees welcome !

AFFICHE_IFA_1_De Grèce : la galère des réfugiés

Quatre millions de réfugiés ont d’ores et déjà quittés la Syrie en guerre, son dictateur fou-furieux, et ses intégristes. Dix mille réfugiés, hommes femmes et enfants venus de Hongrie par l’Autriche, sont arrivés en Allemagne pour le seul dimanche 6 septembre, un niveau alors jamais atteint en une seule journée, mais après avoir évité quelles embûches, quelles humiliations et quelle haine ! Selon l’Organisation internationale des migrations, plus de 100.000 migrants sont arrivés clandestinement en Europe depuis le début de l’année 2015 et environ 1.770 hommes, femmes et enfants sont morts.

Un parcours souvent semé d’indifférence ou de haine

De la Turquie, il s’agit encore de rejoindre les îles grecques, souvent avec la pression des passeurs qui saignent les populations migrantes au passage. Une semaine, près de 4.300 réfugiés dont une majorité de Syriens, ont débarqués au Pirée, transportés de l’île de Lesbos par les autorités grecques, qui demandèrent une aide de l’Union européenne pour faire face à cet afflux. Me trouvant au Pirée le matin de leur arrivée, j’ai pu voir de mes propres yeux, leur désarroi et la panique maîtrisée dont ils font preuve après avoir déjà traversé tant d’épreuves, devant l’indifférence de la population grecque.

Malheureusement, difficile de communiquer quand on ne parle pas la langue arabe. Tous revêtent pour la plupart leurs plus beaux habits, avec un sac à dos pour seul souvenir de tout ce qu’ils ont laissé derrière eux. Leur dignité et leur résignation m’ont surtout frappé. Mais, pour la plupart d’entre eux, il ne s’agit là que d’une pause avant de continuer leur périple vers le nord de l’Europe, notamment en empruntant la route des Balkans.

Le lendemain, environ 2.600 réfugiés syriens ont appareillé à bord d’un ferry affrété par les autorités pour Thessalonique, deuxième ville du pays et capitale de la Macédoine grecque. De là, des autocars ont été affrétés pour des transferts en République de Macédoine (Fyrom), pays frontalier de la Grèce, mais par lequel les réfugiés ne font aussi que passer. Ils sont des milliers à remonter les autoroutes et les voies ferrées de Macédoine, en direction de la frontière serbe. Les réfugiés syriens qui empruntent cette route, moins connue, des Balkans occidentaux vers l’Union européenne, doivent cependant faire face à des vols à main armée, des violences et des prises d’otage. À la frontière serbo-hongroise, ça s’obscurcit encore un peu plus. Les policiers locaux utilisent des gaz lacrymogènes à travers les barrières des camps provisoires pour essayer d’empêcher les réfugiés de s’échapper individuellement. Ceux qui passent par la Bulgarie ne sont pas mieux lotis.

Selon le témoignage des associations humanitaires, dans les camps d’accueil, les réfugiés disposent d’un WC pour 100 personnes, pas d’eau chaude, pas d’accès aux soins médicaux. Quelques enfants, peu habitués à la nourriture locale, ont des problèmes digestifs. Les seuls médicaments qui leur sont distribués viennent de la poche de pédiatres bénévoles des associations humanitaires. Mais le pire les attend encore en Hongrie où la situation ressemble à l’enfer. Des centaines de réfugiés tentent de rejoindre l’Allemagne et la France à pied malgré les barbelés et le nombre impressionnant de policiers qui tentent de les en empêcher. À la gare de Budapest, un groupe de hooligans a tiré des grenades fumigènes contre des familles syriennes. Rapidement, un début d’affrontement a eu lieu avant que la police ne s’interpose. Un groupe de réfugiés a eu le sang froid d’organiser une chaîne humaine pour empêcher les skinheads d’agresser les autres migrants.

Mais c’est encore en Slovaquie et en République tchèque qu’on a pu assister à une scène digne de l’horreur des années nazies. Avant que des juristes et militants des droits humains n’interviennent, les forces de l’ordre de ces deux pays avaient utilisé des marqueurs pour inscrire une série de chiffres sur la peau de 214 réfugiés, en majorité syriens, interpellés à la frontière à bord de trains venant d’Autriche et de Hongrie. Une procédure justifiée par la forte présence d’enfants parmi eux et le souci d’éviter que ces derniers ne se perdent, selon la mauvaise foi d’une porte-parole du ministère de l’intérieur tchèque. La porte-parole de la police des étrangers a elle aussi défendu une mesure destinée à protéger les familles. Nous inscrivons également le code du train à bord duquel ils voyagent, pour savoir vers quel pays nous devrons les renvoyer en cas de réadmission. Un procédé à faire revenir les cauchemars des survivants des déportations et victimes des camps de concentration nazis… C’est terrifiant de voir à quel point les heures les plus sinistres de l’histoire ne font que se répéter, alors que les notions de solidarité, de partage et d’internationalisme sans frontières ni états semblent durablement figés.

Patrick Schindler groupe Claaaaaash, FA

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