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	<title>Consommation &#8211; Juste Libre</title>
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		<title>Le temps de vivre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Dec 2013 13:07:47 +0000</pubDate>
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<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord un livre paru en 1965 écrit par André Remacle journaliste et écrivain communiste marseillais. L&rsquo;histoire se déroule à Martigues qui est alors pleine expansion industrielle. Le pétrole et la bagnole règnent. Louis est ouvrier dans le bâtiment. Il travaille sans relâche et fait des heures supplémentaires à n&rsquo;en plus finir. La fatigue le gagne, la télé pour seul dérivatif, sa femme, ses enfants, leurs études tout cela n&rsquo;est qu&rsquo;une sorte de mirage halluciné autour de lui. Un peu comme pour le héros de <em>La classe ouvrière va au paradis</em>, Louis se réfugie dans le travail. Sa femme s&rsquo;éloigne peu à peu de lui et fréquente l&rsquo;instituteur de son fils. La production capte l&rsquo;ensemble de ses désirs et il en devient presque fou.<span id="more-528"></span></p>
<p>Le livre n&rsquo;est pas écrit dans un style inoubliable. Pour ceux qui connaissent Martigues, on y retrouve les lieux tels qu&rsquo;ils étaient il y a 50 ans. Mais l&rsquo;intérêt de ce roman réside surtout dans cette critique du productivisme – plutôt hétérodoxe pour un auteur communiste. On discerne bien aussi cette séparation artificielle entre la culture et le travail ; l&rsquo;opposition néfaste entre l&rsquo;aspiration à la justice d&rsquo;une part et le désir de liberté d&rsquo;autre part. La femme de Louis est tentée par une aventure avec un intellectuel qui symbolise à la fois la liberté et la culture. Louis se tue à la tâche pour payer le confort de sa famille – aspiration à la justice ouvrière – mais ce faisant il s&rsquo;aliène, s&rsquo;enferme, perd sa liberté, sa curiosité, son désir.</p>
<p>On retrouve là nombre d&rsquo;aspirations qui éclateront pendant les événements de mai et juin 1968. Ce livre a été adapté au cinéma par Bernard Paul. Or le tournage s&rsquo;est déroulé à Martigues durant les grèves de 1968. Beaucoup de choses contenues dans le récit du livre explosent enfin dans tout le pays : les cadences infernales, la séparation entre intellectuels et manuels, l&rsquo;aliénation par le travail, la consommation, la télévision, la bagnole etc.</p>
<p>Georges Moustaki compose la musique du film, c&rsquo;est le <em>Temps de vivre</em>, chanson emblématique qui connut un immense succès, beaucoup plus que le livre et le film en tout cas. Esthétiquement, il est clair que cette chanson dépasse largement le livre. L&rsquo;amour et la révolution ont toujours été des thèmatiques aux sources historiques de la chanson. Celle-ci épouse les deux.</p>
<p>« <em>Viens, écoute ces mots qui vibrent sur les murs du mois de mai. Ils nous disent la certitude que tout peut changer un jour </em>».</p>
<p>Mai 68 a été un échec. Et l&rsquo;appel de ce livre, de ce film et de cette chanson sonne toujours plus vrai. Car tout s&rsquo;est encore accéléré depuis. Rivés à nos comptes Facebook exposant narcissiquement nos vies, attachés à nos Iphone, nos tablettes, derrière nos écrans plats,  scrutant nos messageries&#8230; Courant après le temps dans les transports, le travail, la vie de famille. Avec cette pénible sensation d&rsquo;être toujours débordés.</p>
<p>Il semble que la vérité du <em>Temps de vivre</em> est dans ce constat : une grande partie du pouvoir réside dans le temps, le rythme et la vitesse. Celui ou celle qui va vite impose son pouvoir et sa violence. Entre une caresse et une gifle, n&rsquo;est-ce pas au fond qu&rsquo;une question de vitesse ? (1) Une révolution juste et libre ne pourrait que laisser à chacun la possibilité d&rsquo;user de son temps comme il le souhaite et à son rythme.</p>
<p>(1) Sur le plan philosophique, ces questions sont abordées dans les livres d&rsquo;Hartmut Rosa.</p>
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		<title>Dimanche : ni dieu, ni patron, ni caddie !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Sep 2013 10:50:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Le texte qui suit est un tract qui avait été rédigé par le syndicat CNT-Interco 69 en 2009 au cours d&#8217;une campagne contre le travail dominical. Sa publication au Combat syndicaliste &#8211; le mensuel de la CNT Vignoles &#8211; avait été refusée au motif de son titre ; « la CNT n&#8217;étant pas contre les [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Le texte qui suit est un tract qui avait été rédigé par le syndicat CNT-Interco 69 en 2009 au cours d&rsquo;une campagne contre le travail dominical. Sa publication au Combat syndicaliste &#8211; le mensuel de la CNT Vignoles &#8211; avait été refusée au motif de son titre ; </em>« <em>la CNT n&rsquo;étant pas</em> <em><em>contre les croyances</em> » &#8230;  Au-delà de l&rsquo;ineptie d&rsquo;un tel argument pour une organisation qui se disait anarcho-syndicaliste ou syndicaliste révolutionnaire, il semble que la thématique soit toujours d&rsquo;actualité.  <span id="more-472"></span></em></p>
<p>Depuis les années 90, le travail dominical a étendu considérablement son emprise. Aujourd&rsquo;hui, de façon régulière ou occasionnelle, plus d&rsquo;un quart des personnes employées va au turbin le dimanche. En 2008, 12,1 % des salarié-es bossaient habituellement ce jour-là contre 10,2 % en 2002. Une énorme proportion (96 %) de celles et ceux-ci va également au boulot le samedi, plus d&rsquo;un tiers n&rsquo;a pas de repos compensateur, a des horaires quotidiens variables décidés par les patrons et travaille très souvent de nuit (1).<sup><a href="#sdfootnote1sym" name="sdfootnote1anc"></a></sup> Triste tableau. Tristes dimanches.</p>
<p>Estimant probablement que cette évolution était trop lente, l&rsquo;État a souhaité l&rsquo;accélérer par la législation. La <span style="color: #000080;"><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf//jopdf/2009/0811/joe_20090811_0002.pdf" target="_blank">loi 2009-974 du 10 août 2009</a></span></span> a assoupli les conditions de travail dominical en supprimant les autorisations préalables en zones touristiques et thermales et, pour les unités urbaines de plus d&rsquo;un million d&rsquo;habitants, en donnant la possibilité aux autorités de délimiter un « <em>périmètre d’usage de consommation exceptionnel</em> » sur lequel le travail du dimanche serait facilité.</p>
<p>Au-delà du flou et des subtilités de la loi &#8211; qu&rsquo;il faut pourtant maîtriser pour se défendre &#8211; c&rsquo;est la question d&rsquo;un choix de société qui se pose. Le pouvoir crée les conditions pour une civilisation où production et consommation n&rsquo;auront plus de limite. Le dimanche est jusque-là encore le moment où beaucoup peuvent ne rien foutre, se reposer, exercer un sport ou une pratique artistique, se balader, sortir, bricoler, se retrouver avec leurs proches, leurs familles, leurs ami-es, se cultiver ou se divertir etc. Bref vivre à l&rsquo;écart des contraintes salariales. Désormais, dans le cycle hebdomadaire, les politicards et les patrons imposent que la machine à consommer, servir et produire ne s&rsquo;arrête jamais. Ils profitent de la précarisation accrue de la main d&rsquo;œuvre qui, pour subvenir à ses besoins, n&rsquo;a plus le choix.</p>
<p>L&rsquo;ensemble est empaqueté dans une propagande à base de volontariat, de ré-affirmation des garanties et de consommateurs-électeurs à satisfaire. Mais l&rsquo;intention est claire. Maintenant le dimanche, le populo devra faire des sacrifices aux dieux du capital, de l&rsquo;État et de la marchandise après s&rsquo;être fait sermonné pendant des siècles par les curés. La consommation règne. Le peuple trinque. Les vitrines réservées à la bourgeoisie sont toujours plus rutilantes pendant que les plus pauvres sont poussés au sur-endettement.</p>
<p>Face à de telles perspectives, il convient de résister en demandant le retrait de cette loi. En boycottant les établissements commerciaux ouverts le dimanche. En informant les travailleurs de leurs droits, en les incitant et en les aidant à se défendre collectivement face aux patrons qui exigent le travail dominical. Afin de donner à chacun-e la possibilité de vivre sa vie et de s&rsquo;émanciper hors de l&rsquo;exploitation salariale et de la consommation abrutissante, la CNT-Interco du Rhône revendique une réduction radicale des inégalités de salaires et du temps de travail. La liberté, l&rsquo;égalité et l&rsquo;entraide ne s&rsquo;achètent pas dans les supermarchés.</p>
<div id="sdfootnote1">
<p><a href="#sdfootnote1anc" name="sdfootnote1sym"></a>(1) Source : DARES, octobre 2009.</p>
</div>
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		<title>Mystique de l&#8217;émancipation numérique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Aug 2013 13:14:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Durant le Super Bowl de 1984, Apple présenta son Macintosh avec une publicité montrant une jeune femme blonde, sportive et svelte courant le long de l&#8217;allée centrale d&#8217;un cinéma uniformément rempli de travailleurs en costumes gris. L&#8217;héroïne lançait un marteau sur un Big Brother prenant tout l&#8217;écran. Grâce au Macintosh, 1984 n&#8217;aurait rien à voir [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignleft" src="https://justelibre.toile-libre.org/wp-content/uploads/wholeearthcatalog 960x1236.jpg" alt="Whole Earth Catalog Fall 1968" width="254" height="327" />Durant le <em>Super Bowl</em> de 1984, Apple présenta son Macintosh avec une publicité montrant une jeune femme blonde, sportive et svelte courant le long de l&rsquo;allée centrale d&rsquo;un cinéma uniformément rempli de travailleurs en costumes gris. L&rsquo;héroïne lançait un marteau sur un Big Brother prenant tout l&rsquo;écran. Grâce au Macintosh, 1984 n&rsquo;aurait rien à voir avec « <em>1984</em> » disait la voix off. Comment est-on passé d&rsquo;une représentation de l&rsquo;informatique aliénante, bureaucratique, centralisatrice et coercitive à celle d&rsquo;une technologie émancipatrice, décentralisée, rebelle et créative ? C&rsquo;est ce que décrit « <em>Aux sources de l&rsquo;utopie numérique</em> » (1) en suivant l&rsquo;itinéraire édifiant de Stewart Brand.<span id="more-438"></span></p>
<p>Né d&rsquo;un père publicitaire et d&rsquo;une mère au foyer, Brand débarque à 19 ans à l&rsquo;université de Stanford en 1957. Comme nombre d&rsquo;étudiants américains de la guerre froide, le spectre d&rsquo;un État totalitaire et d&rsquo;une guerre nucléaire le rempli d&rsquo;effroi. La jeunesse contestataire se répartit entre un mouvement politique organisé à l&rsquo;instar du <em>Students for a democratic society</em> (SDS) et une avant-garde artistique prônant l&rsquo;expérimentation plutôt que la lutte frontale avec les institutions. Au début des années 1970, dans le sillage de cette mouvance, 750 000 jeunes s&rsquo;exilent dans les zones rurales pour y fonder des communautés. Initié au LSD, Brand créé le <em>Whole Earth Catalog</em> qui propose à ces jeunes hippies la vente de matériel à bas prix. Aux côtés des outils, sacs à dos, tentes et autres livres, ce catalogue contributif offre également le dernier cri technologique.</p>
<p>Influencée par la cybernétique de Norbert Wiener – dont la théorie des systèmes englobe aussi l&rsquo;écologie – une part de la jeunesse contestataire n&rsquo;est pas directement hostile à la technologie. Ce qui est critiqué, c&rsquo;est la tendance verticale et hiérarchique de l&rsquo;appareil technocratique. Le LSD, issu de l&rsquo;industrie pharmaceutique, est consommé dans une perspective de communion et d&rsquo;ouverture de la conscience. Avec le Bouddhisme zen dont sont adeptes certains hippies, il participe d&rsquo;un rejet du monde physique et d&rsquo;une volonté de transcendance supra-corporelle. Dans le même temps, via les théories cybernétiques, une partie du complexe militaro-industriel et universitaire qui élabore les technologies s&rsquo;oriente vers des pratiques ouvertes et interdisciplinaires.</p>
<p>Mais les communautés hippies vont rapidement péricliter. Leur manque de culture politique et d&rsquo;organisation, leur spiritualisme bon marché portent le flanc à des querelles de pouvoir et à la mainmise de gourous. Pour la plupart issus de la petite bourgeoisie blanche, les hippies ignorent totalement les populations locales largement plus pauvres des régions dans lesquelles ils s&rsquo;installent. Incapables de faire cause commune, ils reproduisent la division sexuée des tâches et font preuve d&rsquo;une grande dépendance en ne parvenant pas à subvenir à leurs besoins.</p>
<p>C&rsquo;est donc muni de ce bagage contre-culturel que cette nouvelle élite regagne progressivement la place que le capitalisme lui assignait. Les technologies numériques sont vite perçues comme une prolongation de l&rsquo;idéal cybernétique. Le <em>Whole Earth Catalog</em> fait la part de plus en plus belle aux derniers gadgets électroniques. Stewart Brand contribue à l&rsquo;émergence du WELL, une des communautés virtuelles pionnières et organise la première Hacker&rsquo;s conference. Il fonde une société de conseils et enfin devient une figure de <em>Wired</em> magazine emblématique de la cyberculture.</p>
<p>Une partie des anciens contestataires contribuent à légitimer la massification de l&rsquo;informatique en la présentant sous le jour inverse de ce qui les effrayait tant autrefois : conviviale, communautaire, réticulaire, libre, horizontale. Virtualité et interactivité prolongent l&rsquo;expérience mystique et le rejet du monde physique d&rsquo;autrefois. Il n&rsquo;y a pas eu de récupération mais bien une collaboration facilitée par les origines sociales des ex-hippies et la superficialité de leur hostilité non seulement à la technologie mais aussi au capitalisme. La société de Stewart Brand propose ainsi des scénarios prospectives et autres schémas de travail collaboratif pour les cadres dirigeants d&rsquo;AT&amp;T, Shell ou Volvo. Dans le contexte des années Reagan ; dérégulation, flexibilité, intérim, sous-traitance, auto-entreprise, management par projet sont pour nos ex-hippies autant de façon de lutter contre la bureaucratie qu&rsquo;ils détestaient. Inévitablement, la jonction avec le mouvement libertarien se fait notamment autour de <em>Wired</em>.</p>
<p>L&rsquo;informatique personnelle réalise l&rsquo;utopie cybernétique : marchés et informations en réseau sont des systèmes naturels puisque la nature est elle-même un système. Le capitalisme de l&rsquo;information est un destin naturel qu&rsquo;il est aussi vain de vouloir combattre que les lois des écosystèmes. L&rsquo;information veut être libre mais elle veut aussi rapporter des dollars. Jusqu&rsquo;au jour où la bulle éclate. Alors le nœud du réseau est aussi un atome précaire de solitude et l&rsquo;informatique, une matérialité avec son cortège de nuisances sur le monde du travail, la vie personnelle, la nature, les corps, les rythmes de vies etc.</p>
<p>Cette histoire montre concrètement comment l&rsquo;esprit du capitalisme s&rsquo;est transformé dans les années 1990 à partir du tri effectué dans sa contestation : prise en compte de la critique artiste, rejet de la critique sociale, utilisation de la « liberté » contre la justice (2). Un libéralisme culturel et politique porté par une classe moyenne supérieure à l&rsquo;anticapitalisme très friable, séparé d&rsquo;une critique radicale de la technologie mais aussi de toute remise en question de sa propre domination sociale ne pouvait en effet que faire progresser le libéralisme économique. Perfectionner et faire inexorablement triompher l&rsquo;adaptation du capitalisme à la société. Encore faut-il, au-delà des théories, des livres comme celui-ci pour le prouver avec des faits et force détails.</p>
<p>(1) Fred Turner / <em>Aux sources de l&rsquo;utopie numérique – De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d&rsquo;influence</em>, C&amp;F Éditions, 2012.<br />
(2) Luc Boltanski, Ève Chiapello / <em>Le nouvel esprit du capitalisme</em>, Gallimard, 2000</p>
<p style="text-align: right;">Alexis – Groupe Orwell de Martigues</p>
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