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	<title>Société &#8211; Juste Libre</title>
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		<title>Joe Hill – le film</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Feb 2021 15:22:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
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					<description><![CDATA[Un film consacré à Joe Hill, réalisé par Bo Widerberg, restauré et projeté en 2015, a été édité, sur DVD, l’année dernière. Sorti en 1970, primé à Cannes un an plus tard, ce long-métrage évoque la vie d’un immigré suédois débarqué à New-York au début du XXe siècle. Confronté au chômage et à la pauvreté, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Un film consacré à Joe Hill, réalisé par Bo Widerberg, restauré et projeté en 2015, a été édité, sur DVD, l’année dernière. Sorti en 1970, primé à Cannes un an plus tard, ce long-métrage évoque la vie d’un immigré suédois débarqué à New-York au début du XXe siècle. Confronté au chômage et à la pauvreté, Joe Hill parcourt le pays et devient un <em>hobo</em>. Il se syndique au sein des IWW, une organisation de base, libertaire et ouverte aux femmes ainsi qu’aux travailleurs immigrés jusque-là délaissés par le syndicalisme bureaucratique américain.<span id="more-1091"></span></p>
<p>Suivant l’itinéraire de Joe Hill, le film montre la réalité d’un monde social et des luttes syndicales. La vie de ce militant &#8211; son frère qui ne donne plus de nouvelles, ses amours, ses boulots &#8211; se mêlent à celles dont il partage la condition : ses camarades, femmes, hommes ou enfants &#8211; leurs révoltes et leurs grèves.</p>
<p>La créativité des pratiques des IWW est assez remarquablement restituée. Joe Hill et ses compagnons sont refoulés d’un village où seule la chorale de l’Armée du Salut a le droit de s’exprimer. « <em>Pourquoi pas nous ? </em>» demande le syndicaliste à un policier qui lui répond : «<em> eux, ils chantent, non ?</em> » Prenant au mot son interlocuteur, le syndicaliste écrit puis interprète un texte parodique :</p>
<blockquote>
<p>You will eat, bye and bye in that glorious land above the sky. Work and pray, live on hay, you&rsquo;ll get pie in the sky when you die.</p>
<p>Vous mangerez à votre faim au royaume des cieux. Travaillez et priez, vivez sur la paille, vous aurez du gâteau une fois là-haut !</p>
<p>Joe Hill &#8211; The Preacher and the Slave</p>
</blockquote>
<p>Avec les IWW, la chanson n’est pas un objet d’artiste séparé de la réalité ouvrière. Elle en émane et elle porte les idées et les revendications. Plus joliment &#8211; et plus efficacement – qu’un tract, elle circule et traverse les époques. Le chant est une expérience faisant appel aux émotions et celles du militant sont, dans ce film, assez finement représentées sans excéder dans le romantisme ou le réalisme.</p>
<p>Mais Joe Hill n’est pas simplement resté à la postérité pour ses chansons. Déclaré coupable d’un meurtre, il est emprisonné puis exécuté. Cette fin, en martyr, est filmée très longuement. « <em>Qu’est-ce qui est mieux pour nous ? Qu’ils le tuent ou pas ?</em> » s’interroge un de ses camarades en petit comité. Si la question reste sans réponse, le scénario ne l’élude pas. Le caractère sacrificiel du comportement de Joe Hill n’est pas, non plus, occulté. En mesure de s’échapper par la grâce d’un geôlier un peu trop sympathique, le syndicaliste lui demande de revenir, de fermer la porte et de lui remettre ses chaînes. Comme si le mouvement avait besoin de son sacrifice pour faire naître un mythe.</p>
<p>Le DVD est accompagné d’une mise en contexte du film. C’est intéressant mais peut-être un peu trop esthétisant. Surtout que le sujet même, notamment les IWW, la singularité de ce syndicalisme dans l’histoire sociale des USA n’est, <em>a contrario</em>, pas réellement contextualisé ou expliqué. On peut le regretter bien que le film soit déjà une grande porte ouverte à la curiosité sur ce thème.</p>
<p><a href="http://www.malavidafilms.com/cinema/joehill">http://www.malavidafilms.com/cinema/joehill</a></p>


<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Co-vide</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Oct 2020 19:08:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[La dictature en a rêvé, le covid l’a fait. Le soir, les rats sont plus libres de sortir que nous. Au loin, seules les sirènes des flics, des pompiers ou des ambulances. Il n’y a plus de visages. Il n’y a plus de culture. Le langage s’est transformé. Distanciation sociale. Distanciation physique. Bulle. Cas contacts. [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La dictature en a rêvé, le covid l’a fait. Le soir, les rats sont plus libres de sortir que nous. Au loin, seules les sirènes des flics, des pompiers ou des ambulances. Il n’y a plus de visages. Il n’y a plus de culture. Le langage s’est transformé. Distanciation sociale. Distanciation physique. Bulle. Cas contacts. Réduisez les interactions. Restez chez vous. Tours de vis. Isolement. Dans les transports en commun, qu’en bons soldats du capital, nous ne prenons plus que pour aller travailler et consommer, les avertissements tournent en boucle jusqu’à l’insupportable. Nous devons comprendre, par ce martèlement, ce dont nous devons avoir peur. Il y avait, et il y a toujours, le terrorisme. Il y a, maintenant, ce virus. Celui de l’autre. Co-vide. La mise en commun du vide de chaque vie.</p>
<p><span id="more-1074"></span></p>
<p>Et puis quoi ? Le couvre-feu n’a rien de surprenant. On est préparés. On est bien cuits à point et en douceur. Les injections d’informations reçues sont de bonnes préparations. Au vrai, quand j’ai appris qu’à Madrid, le discours et les mesures prises consistaient à dire : ne sortez plus de chez vous, ne voyez plus vos amis ou votre famille mais surtout allez travailler, le message était on ne peut plus clair. De même, lorsque tel journaliste nous contait l’efficacité du confinement à Pékin et que la conclusion d’un membre du parti unique était, en résumé, que la dictature marche bien mieux pour lutter contre le virus, il n’y avait guère de doutes à avoir sur la solution édulcorée – mais logiquement moins efficiente tout au moins dans le discours – que l’on nous réservait.</p>
<p>« Bats-toi » avais-je dit à mon père lorsque, dans un hôpital, son vieux cœur allait le lâcher. Je voulais lui dire qu’il fallait continuer à se battre pour vivre, alors que son moral, qui avait toujours été d’acier, donnait de dangereux signes de faiblesses. « Mais il n’y a plus rien contre quoi se battre ! » m’avait-il répondu des larmes dans la voix. « La vie se suffit à elle-même » avais-je avancé, sans trop y croire, avec tristesse et morgue. La morgue oui, t’attendait papa. Et c’est surtout ton cœur qui devait continuer à battre. Et tu avais raison. Il n’y a plus rien contre quoi se battre. Et nous sommes tous comme toi, désormais, nous sommes tous malades. Nous vivons dans la salle d’attente de l’immense infirmerie mondiale. Une société malade, comme un être malade, n’est pas libre. Et personne ne pourra plus me dire que la liberté est un concept abstrait.</p>
<p>La notion de confinement avait quelque chose d’une nouveauté post-moderne. Le couvre-feu a cela de rassurant, qu’au moins, il se rattache à une certaine continuité historique. Surtout quand il est programmé pour un 17 octobre… Mais, lorsque j’étais jeune, si j’imaginais vivre, un jour, un couvre-feu, ce ne pouvait être que l’œuvre d’un parti aspirant à la dictature : le Front national à l’époque. Mais la vie est pleine de surprise, n’est-ce pas ? Non, c’est juste une pandémie. Alors, comprenez, faut faire avec. Pour combien de temps ? C’est variable. Mais ça va durer. On s’adaptera. La culture s’adaptera. Le langage s’adaptera. L’humain s’adaptera. Le malaise durable dans la civilisation s’adaptera.</p>
<p>On finira bien par oublier que la solidarité, le contact physique, la parole, le chant, la danse, les rassemblements revendicatifs, festifs, amicaux, familiaux, musicaux, théâtraux, cinématographiques, sportifs (etc.) étaient autres choses qu’une histoire de fric que l’État doit distribuer pour soutenir des secteurs en crise mais bien la condition de ce qui faisait notre liberté, nos liens, nos amours et notre santé. La solitude, l’angoisse, la déprime, la précarité tuent tout autant que le virus du contact. Il n’y a pas besoin de statistiques pour ça. Il suffit de vivre et d’écouter pour le comprendre.</p>
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		<title>L’État, c’est l’anarchie !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2020 20:23:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Industrie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[Les anarchistes n’ont eu de cesse d’expliquer que l’anarchie c’était l’ordre moins le pouvoir, d’utiliser d’autres dénominations comme libertaire voire autogestion pour nommer leur projet de société, bref de donner un aspect positif à l’anarchie. Il reste, malgré tout, que, pour beaucoup, ce mot est négatif : synonyme de désordre, de malheur, d’inorganisation, de guerre etc. [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les anarchistes n’ont eu de cesse d’expliquer que l’anarchie c’était l’ordre moins le pouvoir, d’utiliser d’autres dénominations comme libertaire voire autogestion pour nommer leur projet de société, bref de donner un aspect positif à l’anarchie. Il reste, malgré tout, que, pour beaucoup, ce mot est négatif : synonyme de désordre, de malheur, d’inorganisation, de guerre etc.</p>
<p><span id="more-1038"></span></p>
<p>En lisant un ouvrage intitulé <em>La damnation de Fos</em> (1) qui raconte la construction d’un complexe pétrolier et sidérurgique dans une région où il n’y avait quasiment aucune industrie, j’ai été frappé par l’usage très fréquent du terme « anarchie » pour décrire la façon dont cette opération d’aménagement a été organisée. L&#8217;emploi est négatif. Mais, ici, ce qui est significatif, c’est qu&rsquo;il s’applique à un projet entièrement décidé d’en-haut par l’appareil bureaucratique français et le capital investissant dans le pétrole et l’acier. À lire cette histoire, l’État et le capital ont, effectivement, engendré un désordre total dans ce paisible endroit. L’irruption de la décision d’État a complètement bouleversé les équilibres sociaux, politiques, économiques, sanitaires et environnementaux. L’État a, négativement, provoqué l’anarchie.</p>
<p>L’État c’est l’ordre. Dans les faits, ce n’est pas si évident. L’État est une abstraction. Il nomme. Il peut, par le verbe, énoncer une vérité : il est vrai qu’il faut installer ces usines ici, il est vrai que nous sommes en guerre, il est vrai que le dépistage de tel virus ne sert à rien, il est vrai que les besoins essentiels à la vie sont les suivants etc. Ainsi sont prononcés une série de lois, de classements, de mesures, de normes. Pour qu’il y ait action, il faut bien faire appel à des intermédiaires qui vont rendre tangibles cet ordonnancement. Dans le cas de Fos-sur-Mer, beaucoup de choses ont été corrigées – une sorte de <em>feedback</em> &#8211; par le biais d’institutions que l’on pourrait qualifier de petits gouvernements, les communes en particulier. L’État entendait bien que celles-ci se regroupent de façon autoritaire : elles étaient trop petites, elles ne lui ressemblaient pas assez dans sa propre dimension. Il y eu un affrontement, un rapport de force permanent entre les communes de la région et l’État dans ce projet.</p>
<p>Aujourd’hui le monde subit une pandémie. Au risque de me livrer à une comparaison hasardeuse, dans le vrai sens du terme, puisque je termine la lecture dudit livre au moment où cette situation nous tombe sur la tête, je réalise néanmoins que l’action de l’État, à nouveau, se caractérise par un désordre. Les décisions, les informations, les mots d’ordres sont incohérents et contradictoires. La vérité du jour n’est pas celle d’hier etc. Mais si le pays – et une grande partie du monde – est ralenti dans ses activités considérées comme non vitales dans la situation présente, c’est que nous l’acceptons. Nous souscrivons à la vérité : il y a danger à socialiser. Et si un tel agencement est possible c’est que chaque individu, chaque groupe social croit à cet énoncé. En ce sens, évidemment, l’État ne peut rien sans la société, y compris, bien sûr et surtout, sans les groupes sociaux qu’il rémunère directement pour faire exécuter sa loi.</p>
<p>Il faudrait pouvoir approfondir ce que signifie le mot d’ordre – avec ou sans jeu de mot. Il y a-t-il réellement dualité avec la notion de désordre ? Existe-t-il un rangement ou un dérangement définitif ? Par ailleurs, certains examens critiques des essais historiques d’ampleur du mode d’organisation anarchiste, en particulier en Espagne dans le contexte de la guerre civile, semblent montrer que les instances libertaires se sont progressivement centralisées et bureaucratisées. Comme si en chassant l’État, il revenait au galop.</p>
<p>Mais si nous acceptons les injonctions étatiques, c’est qu’outre la crainte de la sanction, il est humain d’aspirer à l’ordre ou à l’harmonie. Ce récit de la construction de ce monstre industriel et technocratique à Fos-sur-Mer exprime la notion de désorganisation peut-être parce que son auteur croit ou attend de l’État, et en particulier de cet État gaulliste, planificateur, volontaire, ambitieux, quelque chose d’idéalement ordonné. Il y a un gouffre, une faille immense entre cet idéalisme, ce zonage soigneux et les faits. Cette croyance subsiste aujourd’hui. Car, oui, enfin, le Sénat, lui-même, avait pondu un rapport de plus de 200 pages prévoyant la pandémie. Oui, l’État devrait produire de l’ordre.</p>
<p>À Fos-sur-Mer, un nouvel ordre a été institué dans le chaos. Il a été admis parce qu’il est insupportable de vivre dans l’incohérence : ce sont les groupes humains et les individus aux divers niveaux des strates sociales, qui ont calmé le délire étatique. Cela fût accepté, aussi, parce que des groupes y avaient un intérêt économique notamment. Les questions sanitaires et écologiques se sont posées dès le départ. Elles ont été considérées comme des dégâts collatéraux, comme quelque chose que l’on pourrait techniquement corriger, comme un moindre mal.</p>
<p>Avec la pandémie, c’est la question sanitaire qui est décrétée comme centrale. Nous saisissons bien l’inanité des propos des représentants de l’État. Nous le savons. Ils ne peuvent rien, à part édicter. Dans le discours du chef résonne la boucle de rétroaction, le retour, le renvoi de ce que nous faisons et disons, notre propre correction dans le texte. Mais nous souhaitons l’ordre parce que nous voulons rester vivants en société. Nous avons la conscience de nos individualités, de nos cultures, de nos liens, du soin et de l’attention qu’il faut porter aux autres, de l’importance de celles et ceux qui agissent au sein des établissements qui, actuellement, peuvent nous prémunir du danger. C’est ça qui permet de tenir contre l’absurdité et la destruction que l’État et l’argent provoquent.</p>
<p style="text-align: right;">Alexis.</p>
<p>(1) Bernard Paillard, Seuil, 1981, 277 p.</p>
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		<title>Du fin fond de mon confinement</title>
		<link>https://justelibre.toile-libre.org/2020/03/17/du-fin-fond-de-mon-confinement/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2020 16:51:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[« Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n&#8217;est qu&#8217;une dépendance de l&#8217;ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. » Léo Ferré – La solitude Du fin fond de mon confinement, et puisque l’une des libertés qu’il nous [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">« <em>Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n&rsquo;est qu&rsquo;une dépendance de l&rsquo;ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau.</em> »</p>
<p style="text-align: right;">Léo Ferré – La solitude</p>
<p>Du fin fond de mon confinement, et puisque l’une des libertés qu’il nous reste est de pouvoir nous exprimer à distance, j’écris quelques lignes.</p>
<p>Là, je pense à Winston dans <em>1984</em>. Winston écrit son journal. Il tousse souvent, il est malade, d’une maladie des poumons, une vague maladie, comme les vagues guerres incessantes aux confins d’Oceania. Il faut, pour l’État, qu’il y ait une guerre, toujours, c’est l’une de ses justifications majeures.<span id="more-1021"></span></p>
<p>Mais ici s’arrête ce parallèle.</p>
<p>Comme il fallait être <em>Charlie</em> – même si, personnellement, je ne l’ai jamais verbalisé ainsi -, je ne peux que, sincèrement, comprendre et suivre les mesures prises pour notre bien.</p>
<p>Maintenant. Les élections locales, d’abord autorisées pour le premier tour, sont reportées pour le second. Nous devons, pour sortir et nous déplacer, pouvoir le justifier en remplissant un formulaire. Nous ne pouvons plus nous réunir avec nos ami·es et notre famille. Nous devons marquer nos distances : plus de lieux de rassemblements, plus de possibilité d’assemblées, de réunions au sens physique du terme. Nous pouvons nous rendre au compte-gouttes dans des supermarchés vidés.</p>
<p>Nous avons le droit de lire – à condition, richesse incommensurable, d’avoir des livres chez soi, puisque librairies et bibliothèques sont fermées et que prêter un livre comporte des risques sanitaires – bien désinfecter l’ouvrage, merci. Sinon, il y a la télé, le web et notre portable, pour prendre des nouvelles, regarder des séries, des films, les réseaux sociaux et autres divertissements.</p>
<p>Ce qui fait société s’éloigne dans une représentation de celle-ci. Pendant combien de temps ? Quinze jours minimum. Incertitude, source de toute angoisse. Quinze jour minimum. L’État prescrit à sa société, une distanciation, c’est-à-dire, une non-socialisation, un repli, de quinze jours minimum pour son bien, pour sa santé. Quelles conséquences ?</p>
<p>« <em>Rentrez chez vous !</em> » avais-je déjà entendu dans les mégaphones de la police lors d’une manifestation des Gilets jaunes. Ben, voilà. On y est tous, « <em>chez nous </em>». On est « <em>chez nous </em>». Évidemment, formulé de cette façon, ça sonne chelou. «<em> On est chez nous</em> » contre « <em>On est là même si&#8230; </em>»</p>
<p>Il n’y a pas grand-chose à écrire de plus. Simplement, le constat de notre acceptation, de notre consentement, de notre subordination, pas uniquement à ce que nous impose les pouvoirs qui sont aussi des ensembles de sujets. Notre sujétion à la biologie &#8211; science de la mort, science de la vie.</p>
<p>Car il semblerait &#8211; bien que je n’y connaisse absolument rien &#8211; que cette science ait ses lois. L’histoire essaie, aussi, d’en établir. Des phénomènes, tout au moins. Ainsi, souvent, disait-on, après une révolution suit la dictature. Ici, nous avons une <em>dictature sanitaire</em> mais pas la révolution.</p>
<p>Je sais que c’est une exception etc. Ce n’est donc pas exactement une dictature. Et pour arrêter d’intellectualiser, en un mot : j’ai peur de ce virus dont on nous parle. Quand on a peur, on se protège en fonction de ce que l’on sait du danger. Mais je ne pense pas établir de projections délirantes en constatant, factuellement, que le pays est immobilisé sur ordre. Et, si on me permet cette comparaison, ce que les mouvements sociaux ne cessent de réclamer, d’ailleurs de façon plus ou moins discutable : le blocage, la société n’y parvient pas, l’État oui. Lock-out mondial. Et il faut donc cette effrayante pandémie pour que la réforme des retraites soit également suspendue !</p>
<p>Il reste cette situation socio-politique étonnante à l’échelle mondiale. Je lis dans <em>Le Petit Robert</em> :</p>
<p><strong>Dictature</strong> (…)<strong> 2.</strong> (1789) MOD. Régime politique autoritaire établi par un individu, une assemblée, un parti, un groupe social.</p>
<p>Or qu’est-ce qu’un État qui interdit ou limite drastiquement rassemblements, déplacements et contacts si ce n’est l’expression d’un régime politique autoritaire ? L’adjectif sanitaire change beaucoup de choses : c’est exceptionnel, c’est scientifiquement et épidémiologiquement justifié.</p>
<p>Mais l’état dans lequel nous place l’État est bien sa raison d’être dans son plus simple dépouillement étymologique : placer, déterminer, assigner ; figer.</p>
<p><em>Greetings</em>.</p>
<p style="text-align: right;">Alexis.</p>
<p><strong>Ajout technique et pratique 18/03</strong></p>
<p>Concrètement, je ne comprends pas pourquoi les tests ne sont pas plus massivement proposés. Des personnes souffrant des symptômes du coronavirus se sont présentées dans les hôpitaux et ne sont pas testées. On sait, par ailleurs, qu’il existe des porteurs asymptomatiques. Or les tests ne semblent pas compliqués à réaliser : les résultats d’analyses parviennent aux patients en moins de 24 h.</p>
<p>Si le confinement est nécessaire au titre de la prévention et de la protection, comme dans d’autres cas d’épidémies, la détection individuelle du coronavirus me semble primordiale. Il est impossible de confiner durablement une masse si importante. Les personnes saines, tout en maintenant les mesures de protection, pourraient être à même de continuer une activité utile dans le contexte d’urgence sanitaire.</p>
<p>Si l’épidémie risque de se répandre largement, il faut que les malades soient au courant, quel que soit le nombre possible, afin de pouvoir, d’une part, les soigner et, d’autre part, éviter au maximum la propagation. L’un des moyens de contrer les peurs est de savoir précisément et massivement qui est atteint pour agir.</p>
<p>Prenant l’exemple de la campagne de dépistage en Corée du Sud, je lis, ici ou là, que ce pourrait être une politique à suivre mais qu’elle serait trop intrusive. Un patient positif voit l’ensemble de ses contacts retracé et rendu, parait-il, public. Il est clair que cela peut mener à de très graves abus.</p>
<p>Mais, franchement, entre devoir rester enfermé chez soi, sans savoir si l’on est atteint, tout en lisant des statistiques invérifiables sur le nombre de personnes infectées, et, dans le pire des cas, rendre public tel ou tel contact – dans un monde interconnecté où chacun se complaît à étaler son réseau et sa vie privée – je préfère la seconde option puisque nous y sommes déjà et ceci dans un but parfaitement inutile.</p>
<p>Sans utiliser le traçage coercitif et rendu public à la coréenne, il est simple de demander à un·e patient·e les personnes fréquentées en lui faisant confiance puis de les contacter et de les tester à leur tour. Bien sûr, dans le cas des élites politiques &#8211; puisqu’au reste ce sont principalement elles qui ont droit aux tests, si l’on suit bien la médiatisation &#8211; je suppose que cela est plus compliqué mais on n’a pas le pouvoir sans en assumer les responsabilités.</p>
<p>Bonjour chez vous !</p>
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		<title>BUSQUANT Émilie dite Mme Messali</title>
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		<pubDate>Sun, 24 Nov 2019 16:13:43 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[Il y a quelques années, je m’étais intéressé à l’histoire d’Émilie Busquant, la compagne de Messali Hadj, pionnier de la revendication d’indépendance de l’Algérie. La problématique de départ &#8211; assez patrimoniale, identitaire et, au fond, sans grande importance &#8211; était de savoir si cette femme était anarchiste… ou pas. En début d’année, j’ai été contacté [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quelques années, je m’étais intéressé à l’histoire d’Émilie Busquant, la compagne de Messali Hadj, pionnier de la revendication d’indépendance de l’Algérie. La problématique de départ &#8211; assez patrimoniale, identitaire et, au fond, sans grande importance &#8211; était de savoir si cette femme était anarchiste… ou pas. En début d’année, j’ai été contacté pour mettre à jour la notice de ce personnage dans le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, dit le Maitron. J’ai donc rédigé une nouvelle notice que j’ai envoyée. Sans résultat. Je mets donc tout ça en ligne ici.</p>
<p>Émilie Busquant est née le 3 mars 1901 à Neuves-Maisons (Meurthe-et-Moselle). Son père, Jules Busquant, est ouvrier dans les hauts-fourneaux. Sa mère, Alice-Élisabeth Boussert, vient d’une famille bourgeoise de Pont-à-Mousson, commune voisine. La fratrie se compose de neuf enfants. Les aînés des garçons rejoignent leur père à l’usine à 14 ans. Trois sœurs d’Émilie sont parties travailler en région parisienne. Parmi les plus jeunes, Émilie peut poursuivre l’école jusqu’au brevet supérieur. Le décès accidentel d’Alice, en 1919, oblige Émilie à travailler comme apprentie dans une manufacture de bonneterie.<span id="more-977"></span></p>
<p>Chez les mineurs lorrains, l’anarcho-syndicalisme est, à cette époque, la culture dominante. En 1904, les<em> apaches des Neuves-Maisons</em> sont identifiés par la police parmi les ouvriers mineurs : les sabotages sont réguliers dans cette petite ville. Selon sa petite-fille, Djanina, Jules Busquant adhérait au mouvement anarcho-syndicaliste. Anticlérical, il ne fait pas baptiser ses enfants. Mais, aux Archives départementales de Nancy, aucun Busquant ne figure dans les dossiers de police sur les anarchistes et le maintien de l&rsquo;ordre, relève Marie-Victoire Louis, qui atteste, cependant, de façon incontestable, qu’Émilie est issue d’« <em>une famille marquée par des traditions militantes.</em> »</p>
<p>Dans ce milieu des ouvriers lorrains de la mine, la proximité de la frontière avec l’Allemagne explique un patriotisme populaire mêlé à un internationalisme de lutte de classes. En 1906, la Meurthe-et-Moselle compte 18 nationalités différentes avec un groupe majoritaire de 28 % d&rsquo;Italiens. La Lorraine accueille 11 % d’étrangers en 1911 et des heurts avec les travailleurs coloniaux sont à noter – à Neuves-Maisons même, en 1917. Les femmes forment le quart de la main d’œuvre industrielle meurthoise. Elles sont présentes dans les luttes tenant les drapeaux rouges et noirs (grèves de Pont-à-Mousson, 5 septembre 1905). Au sein de ce groupe social pauvre et très dur, elles doivent, en plus du travail salarié, se charger des enfants, de la vie domestique et remplacer leurs maris lorsqu’ils sont arrêtés. « <em>La vie des travailleurs, les grèves, les manifestations, les comités de secours, la distribution de soupe dans les rues, les réunions, les charges de polices meurtrières, sont des tristesses au milieu desquels les miens et moi-même avons vécu jusqu&rsquo;à maintenant</em> » expliquera Émilie à Messali Hadj, qui, dans ses Cahiers, décrit le milieu d’origine de celle qui allait devenir sa compagne : « <em>elle était née dans une région de France fiévreuse, révolutionnaire et patriotique à la fois. Elle avait partagé avec sa famille le sort d&rsquo;un prolétariat exploité et humilié.</em> »</p>
<p>Émilie se place comme cuisinière dans une maison bourgeoise de Nancy. Elle suit cette famille commerçante qui fonde les Magasins réunis, place de la République à Paris : elle dirige le rayon parfumerie. Elle trouve à se loger chez Mme Couëtoux, veuve d&rsquo;un chirurgien-dentiste de Tlemcen, au 6, rue du Repos, face au cimetière du Père-Lachaise. Durant son enfance à Tlemcen, Messali Hadj avait été accueilli par la famille Couëtoux. Au décès de son mari, Mme Couëtoux quitte l’Algérie pour s’installer à Paris où elle loue des chambres en pension.</p>
<p>Messali Hadj part pour le service militaire, en 1918, à Bordeaux. Il est nommé caporal, en août 1919, puis sergent à titre indigène. Il est hébergé dans des familles françaises et il projette un mariage avec une bordelaise, une certaine Mlle Dupuy. Mais il est éconduit par la famille pour des motifs religieux, sociaux et racistes. Il perd sa mère en 1919. En métropole, il lit <em>L’Humanité.</em> Démobilisé en 1921, il rentre à Tlemcen. Il regagne Bordeaux, en 1923, puis, en octobre, il rend visite, à Paris, à Mme Couëtoux qui le prend sous sa protection.</p>
<p>Alors qu’ils discutent tous deux, Émilie frappe à la porte : « “Entrez. Entrez ma petite&#8230; je vais vous présenter quelqu&rsquo;un dont je vous ai souvent parlé et dont je vous ai dit que je ne serais pas étonnée de le voir arriver un jour ou l&rsquo;autre”. » Messali relate son coup de foudre dans ses Cahiers :</p>
<blockquote><p>Elle était belle, avait un beau teint, une belle chevelure couleur acajou et une taille ravissante. Elle portait à la main des gants, un joli petit sac et un parapluie. Le tout faisait un petit ensemble délicat, élégant, plein de charme. Elle portait aux yeux des binocles qui se maintenaient avec une petite chaîne en or qu&rsquo;elle portait sur ses oreilles. Tout lui donnait un air de jeune marquise qui lui allait à ravir.</p></blockquote>
<p>Messali a 24 ans et Émilie deux ans de moins. Le soir même, il se remémore cette soirée « <em>comme un rêve qui n&rsquo;avait pas son pareil dans les mille et une nuit</em> ».</p>
<p>Le futur leader algérien emménage dans la petite chambre d&rsquo;Émilie, en dépit du racisme affiché d’une de ses tantes qui réside au même étage. Tous deux sont autonomes financièrement et éloignés des pressions familiales. « <em>Nous étions les maîtres de nos mouvements, de nos désirs, de notre liberté</em> » écrit Messali. Issus de familles nombreuses, orphelins de mères et exilés, ils essaient de combler leur isolement. Cependant, Émilie, vivant dans sa propre société, paraît prendre l’ascendant sur son compagnon. Elle le conseille dans sa façon de se présenter, dans ses lectures, l’introduit dans divers milieux, l’aide dans son travail et veille sur sa santé. Elle semble répondre au besoin de protection maternelle de Messali. Dans une lettre qu’elle lui adresse le 25 janvier 1952, elle écrira : « <em>Mon premier enfant, c&rsquo;est toi</em> ».</p>
<p>Messali présente l’aide que lui apporte Émilie dans son combat politique comme le prolongement des nécessités qui s’imposent au milieu ouvrier dans lequel elle a vécu. Il précise qu’elle n’a jamais appartenu à aucun parti ; Marie-Victoire Louis suppose qu’il s’agit, pour le leader, de répondre aux accusations de ses détracteurs affirmant qu’Émilie avait été trotskyste. Lorsqu’ils sont soumis, en 1924, à une première visite policière, elle lui explique que ses frères avaient été confrontés à des problèmes semblables à leurs retours du service militaire. Au moment de leur rencontre, le projet politique de Messali est encore en gestation. Et, dès le premier jour, il lui fait part de ses interrogations. Émilie soutient son combat, sans le brider et le nourrit de ses connaissances. La rue du Repos devient vite un lieu de rencontres sous surveillance policière. Une amitié naît avec les Hadj Ali, un autre jeune couple adhérant au PCF. Héritière de toutes les traditions de luttes du XIXe siècle, Émilie intègre au projet de société de Messali les valeurs de la classe ouvrière française alors qu’elle découvre la réalité de l’immigration nord-africaine.</p>
<p>Une jeunesse immigrée réalisant les travaux les plus difficiles, sans répit familial, sans intégration, sans loisirs qui se retrouve dans les cafés arabes, seuls lieux de sociabilité. Les nouvelles circulent au gré des parties de dominos. Les immigrés ne sont pas étrangers aux luttes ouvrières : la CGTU les accueille. Le syndicalisme constitue une école : celle du droit, de l’entraide et du militantisme. Revenus dans leurs foyers ou leurs cafés, ils sont armés pour comprendre avec une lucidité accrue l’exploitation coloniale et, à travers les réseaux d’amitiés, fondent leurs résistances, leurs dissidences, leurs révoltes dans un style qui rompt avec les formes anciennes. Les plans d’émancipation s’élaborent alors que le congrès communiste de Bakou (1920) a posé le problème colonial de façon nouvelle ; la révolution Russe apparaît comme un horizon stimulant. Les brochures circulent de plus en plus nombreuses.</p>
<p>Émilie est en phase directe avec ces ouvriers immigrés. Elle participe aux discussions et aux réunions. Au premier jour de leur rencontre, Messali doit commencer, le lendemain, un travail de manœuvre dans une usine de la rue Vitruve : elle lui recommande « <em>de ne pas se laisser faire tout en observant une bonne attitude à l&rsquo;égard de tous </em>». Plus tard, lui racontant une injustice dont avait été victime une de ses collègues vendeuses qui travaillait, comme lui, chez Lancel, Émilie répond « <em>que s&rsquo;il s&rsquo;était agi d&rsquo;elle-même, elle aurait flanqué son tablier à la gueule du vieux singe </em>». Elle déploie toute son imagination pour déjouer la surveillance policière de leur domicile et, plus globalement, la répression qui touche le mouvement. Elle résiste aux perquisitions sans mandat et fait appel aux avocats dont certains deviendront des amis. Elle aide les familles des victimes de la répression et soutient les prisonniers. Elle a suffisamment intériorisé la notion de droit pour pouvoir s’en servir de façon solidaire. Son bagage intellectuel aide grandement le mouvement dans les tâches de rédactions, de mises en forme, de constructions d’argumentaires, d’élaborations de motions, de secrétariat et d’organisation.</p>
<p>En 1925, ils se rendent en Algérie pour la première fois : la police essaie d’entraver l’embarquement de Messali considéré comme indigène. Émilie le défend avec force et se « <em>met à crier, à protester en prenant à témoin les autres voyageurs</em> ». M. Guénanèche se souvient de leur premier séjour à Tlemcen :</p>
<blockquote><p>Quand l&rsquo;homme parlait, sa compagne semblait absorber ses paroles&#8230; quand la femme parlait, son compagnon semblait l&rsquo;écouter avec beaucoup d&rsquo;attention. La femme particulièrement avait un visage gai, heureux. Ce couple respirait le bonheur et le communiquait autour de lui.</p></blockquote>
<p>Messali écrira plus tard : « <em>Ma petite amie, notre nid d&rsquo;amour et ma nouvelle situation ont été le destin miraculeux et la première base de départ de la lutte pour la libération nationale </em>». Le père de Messali ordonne à la famille d’adopter cette jeune française qu’il prénomme Djanina. Elle défie la société coloniale en se promenant au bras de son compagnon. Elle séduit la famille par son aide, ses soins, elle exporte les règles d’hygiène et de confort. Elle utilise, intuitivement, la méthode du don et du contre-don : apprentissage du tricot contre celui de l’art du tapis. Ils ne se marient pas civilement mais ce premier séjour en Algérie tient, pour Messali, de « <em>voyage de noces</em> » avec une cérémonie « <em>islamique sans tambours, ni clairon</em> » afin de sceller cette union. Marie-Victoire Louis juge Émilie plus anticléricale ou laïque qu’athée : la culture lorraine est trop imprégnée de religiosité pour qu’elle puisse s’en détacher complètement.</p>
<p>Exclus tous deux du droit de vote, ils participent néanmoins à la campagne électorale de 1924 dans le XXe arrondissement de Paris. C’est conjointement qu’ils conçoivent l’Étoile Nord-Africaine (ENA, 1926) dont l’orientation pan-maghrébine permet d’inclure de jeunes tunisiens. Par internationalisme, Émilie fait sienne la lutte anti-coloniale et son patriotisme lorrain est comme une ressource mise au service du nationalisme algérien. Ils rédigent, ensemble, le discours de l&rsquo;ENA pour la Société des Nations (Bruxelles, 1927) que Messali devra prononcer de mémoire &#8211; le texte lui ayant été dérobé. L’indépendance de l’Algérie est clairement revendiquée. Vers 1928, ils s’écartent du giron du PCF qu’ils jugent trop autoritaire et focalisé sur l’URSS. Il y a peu de dissociations entre vie familiale et militantisme. En 1930, ils ont leur premier enfant, Ali, au moment où le journal <em>El Oumma</em> est lancé. La petite famille vit essentiellement avec le salaire d’Émilie qui sert aussi souvent à l’impression de tracts. Le jeune fils sera très tôt impliqué dans les activités militantes : il n’aura que 12 ans lorsqu’il devra remplacer sa mère malade pour se rendre à un rendez-vous avec le directeur des prisons d’Algérie. Sa sœur, Djanina, naîtra à Alger, le 16 avril 1938.</p>
<p>La seconde assemblée générale annuelle de l’ENA se tient à la Maison des syndicats de Levallois-Perret, ville de forte immigration nord-africaine, le 5 août 1934. Tendu derrière la tribune, le drapeau algérien vert et blanc marqué d’une étoile et d’un croissant rouge est présenté comme l’œuvre de Mme Messali. Mais ce n’est pas la première apparition de cet étendard. Les manifestants syndicaux le déployaient déjà le 1er Mai depuis 1919 et 1920, en Algérie et en France, puis dans les cortèges de la CGTU à partir de 1921. Le 1er novembre 1934, Messali est arrêté et interné à la prison de la Santé. Le 22 novembre, Émilie parle pour la première fois à la tribune lors d’un meeting à la Mutualité pour demander sa libération :</p>
<blockquote><p>Je viens ici faire mon devoir, pour protester contre cette répression dont sont victimes les musulmans nord-africains qui, eux seuls et rien qu&rsquo;eux, ne peuvent seulement se réunir, ne serait-ce que comme les étrangers.</p>
<p>Par conséquent, Messali est en prison. Moi sa compagne, je le remplace ici, en m&rsquo;associant avec toutes les organisations ici représentées, pour protester énergiquement contre la dissolution de l&rsquo;Étoile Nord-africaine, et la condamnation raciste, haineuse, de 6 mois de prison et de deux mille francs d&rsquo;amende aux dirigeants Imache, Radjef et Messali.</p>
<p>Ce n&rsquo;est pas la justice qui poursuit ces trois courageux militants, car ce délit mérite à peine, au maximum, vingt francs d&rsquo;amende, mais c&rsquo;est l&rsquo;impérialisme qui sort ses griffes pour conserver le plus longtemps possible les peuples nord-africains dans la misère, l&rsquo;obscurantisme et l&rsquo;esclavage.</p>
<p>Obéissant à la presse fasciste, comme La Liberté et l&rsquo;Écho de Paris, le gouvernement a prononcé un jugement scandaleux (…) Messali n&rsquo;est ni anarchiste, ni un antimilitariste, il est un organisateur, un nationaliste algérien, c&rsquo;est-à-dire un nationaliste libérateur. Il veut pour son pays le développement de l&rsquo;instruction et l&rsquo;octroi de droits syndicaux et il veut aussi la participation du peuple algérien aux affaires de leur pays. On lui reproche de vouloir l&rsquo;indépendance de son pays, c&rsquo;est une chose naturelle qui se fera, qu&rsquo;on le veuille ou non. On ne peut indéfiniment maintenir un peuple en esclavage.</p>
<p>Le peuple français n&rsquo;a plus le droit de rester indifférent au sort de 15 millions de nord-africains sur qui pèse une exploitation honteuse. Je parle en connaissance de cause : je suis allée en Algérie, je suis restée trois mois, j&rsquo;ai vu la misère, j&rsquo;ai vu défiler par centaines des mendiants, femmes, enfants, vieillards, malades squelettiques, comme des morts vivants. Il y a près d&rsquo;un million d&rsquo;enfants qui ne trouvent pas de place à l&rsquo;école et qui sont livrés à la rue.</p>
<p>Les paysans sont réduits à une misère atroce, expropriés de leur lopin de terre, ils sont aujourd&rsquo;hui les domestiques des colons, travaillant 12 à 14 heures par jour pour la somme ridicule de 5 à 7 francs. Jusqu&rsquo;à maintenant les arabes font 2 ans de service militaire, alors que le français ne fait qu&rsquo;un an.</p>
<p>Le rôle de l&rsquo;indigénat, les mesures d&rsquo;exception font du peuple algérien une proie livrée pieds et mains liés au colonialisme.</p>
<p>Cela le peuple français ne l&rsquo;acceptera pas, lui qui a fait la révolution de 1789 pour briser les chaînes monarchiques qui l&rsquo;étouffaient et pour donner la liberté à tous les peuples.</p>
<p>Et pour terminer, je fais appel de tout mon cœur à toutes les femmes, à tous les hommes, à tout le peuple français pour tendre une main secourable aux opprimés de l&rsquo;Afrique du Nord qui ont donné, eux aussi, plus de 100 000 morts pendant la guerre de 14-18 et auxquels on a fait des promesses jamais tenues.</p>
<p>Aussi les nord-africains doivent s&rsquo;organiser solidement pour arracher leurs revendications immédiates et leur émancipation.</p>
<p>À bas le code de l&rsquo;indigénat ! À bas la haine de race ! Vive la liberté pour tous !</p></blockquote>
<p>Avec Si Djilani, elle participe à la création de la Glorieuse Étoile Nord-africaine qui remplace l&rsquo;ENA interdite. Elle assure l’intérim de la direction du mouvement et de la rédaction d’<em>El Oumma</em>. Elle manifeste de nombreuses fois à Alger et à Paris. Fin 1934, <em>Mme Messali</em> quitte son travail. Elle devient, en grande partie, dépendante des indemnités allouées par le mouvement que dirige son compagnon. Le 1er mai 1935, Messali sort de prison.</p>
<p>Elle est à ses côtés durant le Front populaire mais, déçus tous deux, ils quittent la France, le 31 juillet 1936. Le 2 août, Messali impose l’idée d’indépendance à un Congrès musulman, dont les organisations, alignées sur le Front populaire, ont renoncé à ce mot d’ordre. Le leader est porté en triomphe dans Alger. Pendant un an, Émilie vit avec le jeune Ali dans la demeure familiale de Tlemcen alors que Messali sillonne le pays. Désormais, elle milite en Algérie. Émilie apprend l’arabe qu’elle ne maîtrise toutefois pas assez pour pouvoir s’exprimer en réunions publiques. Si la relation semble, au départ, assez égalitaire, la répartition des tâches reste assez classique. Émilie s’occupe de la vie quotidienne et des enfants mais elle ne remplace politiquement Messali qu’en son absence, comme substitut, par délégation. Lorsque le leader est en mesure de reprendre les activités, elle lui fait un compte-rendu détaillé.</p>
<p>En janvier 1937, l’ENA est dissoute. Le PPA (Parti du peuple algérien) est créé le 11 mars 1937. Le siège officiel du mouvement est l’appartement dans lequel ils emménagent à Alger, au 5, rue de la Montagne. Elle anime le groupe de la Casbah où elle forme les enfants des rues au militantisme. Émilie joue un rôle important dans la création de la cellule de Tlemcen, en 1937, où, à l’été au cours d’un meeting, elle porte la contradiction à l’orateur du PCA, Amar Ouzegane. Elle est également présente aux réunions publiques contradictoires avec les Ulémas. Elle représente officiellement l’organisation lors du passage de la commission Lagrosillière à Tlemcen.</p>
<p>L’importance de son implication est liée à la répression que subit le mouvement. Elle assure l’intérim de sa direction après l’arrestation, en août 1937, d’une grande partie de sa direction ainsi que pendant la grosse répression entre 1939 et 1940. Elle est à la tête de la manifestation du 14 juillet 1939. Elle transmet les instructions données par Messali à Alger, à Oran, à Constantine. Elle s’occupe de la défense de Messali et de ses camarades dans leurs procès. Pendant la guerre, Émilie est le pivot du PPA. Elle bloque les ambitions de jeunes arrivistes. Des inimitiés naissent. Elle cache les tracts compromettants, impose des réunions interdites, se bat contre l’institution carcérale, policière et coloniale. Elle passe des jours sur les trottoirs avec l’espoir d’entrevoir son mari entre la sortie du fourgon et le Palais de justice. Elle doit assumer ses lourdes condamnations et rester sans autres nouvelles que l’intoxication des policiers visant à lui saper le moral. Elle camoufle dans son chignon des ampoules de fortifiants, fait passer des victuailles pour les détenus et des informations dans des papiers pelures où sont notés les éléments de la vie internationale et celles du parti. Elle obtient des permis de visite mensuels. Alors que Messali est condamné à 16 ans de travaux forcés, le 17 mars 1941, elle fait des travaux de couture pour une maison de fournitures militaires à Alger.</p>
<p>Émilie Busquant encourage le leader à ne pas céder aux avances de Vichy et déjoue les tentatives de rapprochement avec les Allemands emmenées par d’anciens militants du PPA dissout regroupés au sein du Comité d’action révolutionnaire Nord-Africain (CARNA). En 1941, la décision de Messali de refuser toute négociation avec les Allemands est transmise par sa compagne. Selon Mohammed Memchaoui, Émilie fait parvenir une lettre à son compagnon qu’il lit à ses codétenus : « <em>N&rsquo;accepte pas de donner ta signature, le peuple algérien est avec toi et s&rsquo;il le faut, je mettrais les enfants chez des amis et j&rsquo;irai en Kabylie prendre le maquis</em> » lui dit-elle. Les mémoires de sa fille Djanina relatent que Vichy, parallèlement à la répression, essaie, par le biais du service de liaison Nord-Africaine dirigé par le colonel Schoën, d’amadouer certains proches du mouvement. Prétextant un contrôle de la défense passive, Schoën se rend au domicile d’Émilie. Il promet un verdict clément pour le procès de Messali, des facilités pour les études d’Ali et autres récompenses à la condition que le mouvement abandonne la revendication d’indépendance et infléchisse son orientation politique. Quelques semaines avant le procès, Émilie adresse une fin de non-recevoir. Schoën n’insiste pas.</p>
<p>En janvier 1944, Messali est assigné à résidence à Chellala, Émilie et ses deux enfants le rejoignent. Ils sont éloignés de la direction du mouvement. En avril 1945, Messali est transféré à Brazzaville. Émilie, Ali et Djanina sont retenus. L’administration coloniale sait que la compagne du leader peut le remplacer – ou tout au moins le suppléer très efficacement comme militante &#8211; dans ses activités. Le plan échafaudé par la jeune direction nationaliste échoue. Isolée, Émilie reste sans nouvelles pendant de longues semaines. Elle doit faire face aux attaques sexistes et racistes. Messali relate que certains européens « <em>disaient avec colère que cette Française pouvait bien être une voleuse ou une putain des faubourgs des mauvais quartiers de Paris. Tous les Européens qui étaient colonialistes disaient des horreurs sur quiconque faisait un geste sympathique envers les indigènes</em> » avant d’ajouter : «<em> On ne pardonnait pas à une Française d&rsquo;avoir mélangé le sang du vainqueur et de la race supérieure avec la race du vaincu. Cela était encore une atteinte à leur dignité et à la grandeur de la France </em>». Cette mauvaise image dans le milieu des pieds-noirs est confirmée par son fils, Ali.</p>
<p>En 1946, la popularité de Messali est à son sommet et les cadres du parti se méfient de son charisme. Émilie rentre dans la région d’Alger. Le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques), nouvellement créé, se caractérise par une sensibilité accrue à la question religieuse. Messali est libre-penseur. Cependant, étant donnée la forte pression que l’Islam exerce sur la société, il admet la religion comme un vecteur politique porteur pour l’indépendance. Mais cette nouvelle orientation entre en contradiction avec sa propre vie. Son couple est critiqué pour sa liberté. Lorsqu’on aperçoit le leader boire un café avec sa compagne au café de la Régence près de la grande mosquée, cela est mal vu et il ne recommence pas. De même, lorsqu’il commande un demi de bière dans un bar. Le MTLD s’attaque à l’entourage de Messali et notamment aux anciens qui sont restés très proches d’Émilie qui est elle-même progressivement séparée de son compagnon. Ahmed Bouda, pourtant ancien de l’ENA, conduit une double bataille contre les centralistes du MTLD et contre la place accordée à <em>Mme Messali</em>. Au reste, en dehors de ce titre officieux et honorifique, Émilie n’a aucune fonction officielle au sein de l’organisation bien qu’elle continue à prendre position, en s’opposant, par exemple, aux communistes lorsque ceux-ci défendent des thèses assimilationnistes. Dépendante financièrement du parti, et alors que sa santé se dégrade, le trésorier s’avère assez avare et on trouve injuste de lui verser une mensualité.</p>
<p>Sa propre demeure, à Alger, est le siège permanent du parti, où elle ne se sent plus chez elle. Elle rejoint son deux pièces de la rue de la Montagne. Certains suggèrent qu’elle retourne en France ou à Tlemcen. Une des brouilles les plus importantes avec Messali se concentre sur l’utilisation de l’argent de l’héritage de ses sœurs, le leader souhaitant acheter un terrain, Émilie voulant que l’argent soit utilisé pour l’éducation des enfants. On fait des propositions de remariage à Messali. Usée, Émilie ne peut rien contre sa marginalisation, elle cesse toute activité militante. Messali essaie de maintenir une vie de couple mais son exil à Niort (1952) achève la séparation. Elle tombe dans le coma en apprenant la nouvelle. Sa fille l’assiste et réclame qu’elle ne soit pas soignée par des religieuses. Elle se réveille hémiplégique. Alors que son état de santé est de plus en plus alarmant, elle émet le souhait d’être enterrée en France. Le 14 juin 1953, elle écrit à Messali : « <em>Si tu savais comme je t&rsquo;attends, il me semble que c&rsquo;est ma mère qui va venir</em> ». Elle dépend alors totalement de lui et craint beaucoup son abandon, doit supporter ses infidélités et elle semble meurtrie, comme si, se sentant inutile, elle voulait se laisser mourir : « <em>Pardonne-moi. J&rsquo;ai lutté. Maintenant j&rsquo;abandonne, je ne sais pas si je verrai ton retour, mais c&rsquo;est ainsi la vie.</em> » Elle tombe à nouveau dans le coma, le 23 septembre 1953. Le jour même où Messali se voit refuser le droit de lui rendre visite, le 2 octobre 1953, Émilie Busquant meurt à 52 ans. « <em>Point de frontière pour la liberté dans mon cœur de française </em>» écrit Messali dans un télégramme à ses enfants leur rappelant, ainsi, une phrase que leur mère aimait à prononcer.</p>
<p>D’abord exposée dans une chapelle ardente trop petite, elle est transportée à la Maison des syndicats d’Alger où la population lui rend hommage pendant trois jours. Son cercueil, recouvert du drapeau algérien, suivi par 10 000 personnes, est emmené au port. Sa dépouille transite par des lieux anonymes : foyer civique, pompes funèbres, compagnie maritime. À l’image de sa marginalité : Française sans famille et sans religion à Alger, compagne d’un homme considéré comme dangereux par la France. Durant toute la journée, c’est la foule d’Alger qui lui rend hommage devant le catafalque où se tiennent ses deux enfants. Avant que son corps n’embarque à bord du Ville d’Alger, les dockers débraient pendant 10 minutes après s’être recueillis devant son cercueil. À Marseille, les autorités interdisent tout rassemblement. Messali obtient la permission de se rendre à l’enterrement à Neuves-Maisons. Au cours de la cérémonie, il la désigne comme « <em>un symbole de l&rsquo;union des peuples algérien et français dans leur lutte commune </em>».</p>
<p>Tant que l’émancipation algérienne restait, comme dans les années 1920-1930, un mouvement qui n’était pas de masse, il gardait un esprit internationaliste ; Émilie y a joué un très grand rôle. Plus tard, le caractère chauvin de l’organisation et sa professionnalisation vont l’exclure. Le 28 novembre 1952, elle écrivait à Messali :</p>
<blockquote><p>Bon Dieu, pourquoi suis-je vieille et malade. Je voudrais pouvoir faire entendre les gémissements de toute une race qui ne veut pas mourir et qui ne mourra pas malgré toutes les souffrances qu&rsquo;elle supporte pour le plus grand profit de quelques-uns. C&rsquo;est une honte. Maintenant le peuple français sait ce qui se passe ici et s&rsquo;y intéresse. Peut-être que la solidarité fera plus qu&rsquo;autre chose, mais c&rsquo;est une honte pour la France. Jamais, au grand jamais, de pareils faits ne s&rsquo;oublieront. Je ne veux pas mourir avant de voir l&rsquo;indépendance de l&rsquo;Algérie. Car, bon gré, mal gré, cela est inévitable.</p></blockquote>
<p>Le 18 mars 1953, elle lui affirmait : «<em> il n&rsquo;y a pas besoin d&rsquo;être professeur en Sorbonne pour s&rsquo;élever contre l&rsquo;indigénat</em> ».</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Sources</span></p>
<p>GALLISSOT René, <em>BUSQUANT Émilie dite Mme Messali</em>, Le Maitron, Dictionnaire Algérie, 2013-2019, en ligne [24 novembre 2019].</p>
<p>LOUIS Marie-Victoire, « <em>À propos des Mémoires de Messali Hadj</em> », <em>Sou&rsquo;al L&rsquo;Algérie, vingt-cinq ans après</em>, septembre 1987, pp. 155-164.</p>
<p>LOUIS Marie-Victoire, «<em> Émilie Busquant : Madame Messali, la mère du peuple algérien ?</em> », <em>Parcours &#8211; L&rsquo;Algérie, les hommes, l&rsquo;histoire</em>, n° 12-14, octobre 1990, pp. 103-112.</p>
<p>LOUIS Marie-Victoire, « <em>Madame Messali</em> », <em>Cahiers du Gremamo</em>, n° 7, 1990, pp. 146-159.</p>
<p>MESSALI-BENKELFAT Djanina, <em>Une vie partagée avec Messali Hadj, mon père</em>, Riveneuve, 2013, 398 p.</p>
<p>REY-GOLDZEIGUER Annie, <em>Le retour de l’histoire : Messali Hadj (1898-1974)</em>,<em> Les Cahiers du centre fédéral Henri Aigueperse</em>, n° 33, 2000, pp. 42-47.</p>
<p>ZANOUN Rabah, <em>Émilie Busquant, une passion algérienne</em>, Ere Production, France Télévisions, 2014, 55 mn.</p>
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		<title>Ailleurs wall</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Nov 2018 17:39:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marseille]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[« Now in the queues at immigration, in the border zone We are your bastard children, all coming home And every day you try to build a higher wall Every day you try to build a higher wall But your money cannot stop us And your violence cannot stop us No you will never stop [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">« <em>Now in the queues at immigration, in the border zone<br />
We are your bastard children, all coming home<br />
And every day you try to build a higher wall<br />
Every day you try to build a higher wall<br />
But your money cannot stop us<br />
And your violence cannot stop us<br />
No you will never stop us with your higher wall. </em>»</p>
<p style="text-align: right;">New Model Army – <em>Higher wall</em>, 1987</p>
<p>Je ne suis pas né dans cette ville. Je n’y ai pas vécu mon enfance. Ni mon adolescence ni ma vie de jeune adulte. Mais je vis ici.</p>
<p>Dans cette ville, il y a des gens. Beaucoup sont pauvres. Ils s’entraident ou s’entre-déchirent. Ils s’aiment de leurs chaleurs. De leurs mots. De leurs sourires.</p>
<p>Ils s’aiment des endroits où ils peuvent librement aller. S’asseoir. Parler. Boire. Manger. Ils s’aiment parce que cette ville a de la place. Elle est immense. Cette ville est une place.</p>
<p>Mais, et il y a vraiment de quoi être triste, parce que dans cette ville, par on ne sait quelle malédiction, sans doute celle du pouvoir, règne le plus cynique des mépris.</p>
<p><span id="more-949"></span></p>
<p>J’ai écouté les histoires. Et je vois cet horrible mur. Dans cet endroit où j’ai passé quelques moments de joies surréalistes.</p>
<p>Le ciel est gris. Ceci est sidérant. Les personnes tournent autour de ce mur. Berlin. Mais ce n’est pas la dictature soviétique. C’est le refus pur et simple de la possibilité de se réunir. C’est le refus pur et simple de l’assemblée. C’est le refus pur et simple de la vie.</p>
<p>C’est l’exclusion. L’exclusion de notre vie.</p>
<blockquote><p>Nous vous excluons de vos espaces. De votre ville. Pour votre bien. Car nous avons le droit d’être violents. Pas vous. Vous n’êtes pas nous. Nous, seulement, avons le droit d’être ridicules. Pas vous. Nous, seulement, avons le droit d’être la risée de l’Europe entière. Nous, seulement, avons le droit de tracer des transports collectifs en dépit du bon sens. D’être le contre-modèle absolu de tout urbanisme un tant soit peu intelligent. Un cas d’école. Nous, seulement, sommes l’exemple à ne pas suivre.</p></blockquote>
<p>Eh oui. Ce mur. Ce béton. C’est vous les responsables. C’est votre réponse. C’est vous la brutalité. C’est vous la force. C’est vous qui avez raison. C’est votre faute. Votre idiotie. Votre haine froide et calculée. Votre honte. Pas la notre.</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>L’étranger et le dilemme identitaire-libertarien</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Feb 2016 08:17:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Anarchisme]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[« J&#8217;aime les nuages&#8230; les nuages qui passent&#8230; là-bas&#8230; là-bas&#8230; les merveilleux nuages ! » Déchéance pour tous ! Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on se marre quand même. La proposition gouvernementale de déchoir de la nationalité française non seulement des binationaux mais aussi, au nom de l&#8217;égalité, des personnes de nationalité française mettrait en place les conditions d&#8217;une apatridie imposée. Fichtre ! [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">«<em> J&rsquo;aime les nuages&#8230; les nuages qui passent&#8230; là-bas&#8230; là-bas&#8230; les merveilleux nuages !</em> »</p>
<p>Déchéance pour tous ! Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on se marre quand même. La proposition gouvernementale de déchoir de la nationalité française non seulement des binationaux mais aussi, au nom de l&rsquo;égalité, des personnes de nationalité française mettrait en place les conditions d&rsquo;une apatridie imposée. Fichtre ! Diantre ! Apatride si je veux d&rsquo;abord ! Enfin faut voir. Le statut d&rsquo;apatride ratifié par la France est régi par une Convention de l&rsquo;ONU de 1954 qui donne des droits au moins équivalents à ceux des étrangers en certains domaines (1). Une demande volontaire de perte de nationalité est prévue aux articles 18-1, 19-4, 22-3, 23, 23-5 du code civil. Mais on ne peut, semble-t-il, se libérer des liens d’allégeance à un État que pour se lier à un autre. Par contre avec la déchéance pour tous, on pourrait devenir un étranger dans son pays, ne pouvant guère en sortir car apatride donc dépourvu de passeport sauf à demander une nationalité dans un pays d&rsquo;exil moins ubuesque (2).</p>
<p><span id="more-831"></span></p>
<p>Et pendant ce temps là ? Le FN examine la question d&rsquo;arriver à gagner au second tour et de rassurer le « <em>retraité de droite</em> » qui, parait-il, aurait encore des remords à glisser un bulletin trop extrême (3). Le FN peut se permettre maintenant de promouvoir une France apaisée et de paraître presque moins excessif que l&rsquo;État d&rsquo;urgence permanent qui se met en place. Un État qui fixe sa pression dans un temps et un espace qu&rsquo;il entend contrôler. Purifier, sanctionner, réprimer, surveiller, presser, accélérer. Sur un même ensemble. La République est Une et Indivisible. Pour ne perdre personne du radar. L&rsquo;unité. Enfin. La paix dans la guerre. Étendre les métropoles. Les régions. Les constructions administratives et capitalistiques transnationales. Les intégrismes religieux qui comme l&rsquo;État et le Capital sont conquérants et veulent se répandre. La résurgence des nationalismes.</p>
<p>Est-ce que c&rsquo;est vraiment ça le «<em> repli identitaire</em> » ? Identitaire c&rsquo;est quoi d&rsquo;ailleurs ? Le mot serait apparu en 1975 sans occurrence exacte indiquée (4). Peut-être dans un roman de Michel Tournier (5) ou dans <em>L&rsquo;Institution imaginaire de la société</em> de Cornelius Castoriadis (6), deux livres parus cette année-là. C&rsquo;est passionnant l&rsquo;étymologie, non ? Et au hasard comme ça, libertarien ça date de quand ? La libertarienne Wikipedia indique que le mot anglais libertarian est écrit pour la première fois en 1789 afin de s&rsquo;opposer au déterminisme (7). Dans les années 1970, en l&rsquo;absence de littérature francophone libertarienne, un économiste libéral décide prudemment de créer le néologisme pour éviter tout amalgame avec libertaire devenu synonyme d&rsquo;anarchiste (8). En somme, dans la même décennie, la langue française récupère deux mots plutôt minables &#8211; identitaire et libertarien – mais qui résument assez bien la pseudo-alternative à laquelle nous sommes confrontés 40 ans plus tard.</p>
<p>On avance, on avance. Et libéral-libertaire ? Pas terrible ça aussi. Inventé en 1973 par Michel Clouscard, philosophe marxiste proche du PCF (9). Malgré les récusations de l&rsquo;auteur, libéral-libertaire constitue un vocable critique clé pour l&rsquo;extrême droite. La fixation identitaire, serait une solution à ce que certains ont essayé de dire sur l&rsquo;évolution du capitalisme après le milieu des années 1960. Libéral-libertaire est théoriquement antinomique. Libertaire, employé pour la première fois par Joseph Déjacque en 1857, est justement créé pour s&rsquo;opposer au libéralisme supposé de Proudhon (10). Libertaire ne signifie en aucun cas l&rsquo;abandon de la lutte pour la justice sociale. Déjacque invente le mot pour concevoir un anarchisme réellement égalitaire notamment à l&rsquo;égard des femmes. Notez qu&rsquo;on ne dit pas libéral-anarchiste mais libéral-libertaire. Faut-il y voir un rapport avec le fait que libertaire étend aux femmes le combat pour la justice et la liberté ? Mystère. Ah ! Et puis j&rsquo;oubliais. Un des premiers sens du mot libéral remonte au XIIe siècle : générosité, largesse, prodigalité&#8230; Passionnant, vous disais-je.</p>
<p>À ce stade, le cerveau fumant, je me demande si, justifié par une offensive contre les conquêtes sociales concédées par la social-démocratie, le regain de critique du libéralisme que je daterais arbitrairement des années 1990 ne s&rsquo;est pas fourvoyé vers un autoritarisme, un étatisme, un moralisme, un repli sur des pseudo-valeurs. Bref sur l&rsquo;identité. Dans son livre<em> Loin de moi, étude sur l&rsquo;identité</em>, Clément Rosset avance que le moi n’existe pas ou n’a pas d’importance. Seule l&rsquo;identité sociale compte. Plus on cherche en soi, moins on trouve. Pour Rosset, nous sommes tous des copieurs. Le manque d&rsquo;originalité « <em>concerne toute personne au monde, de même que l’absence d’identité personnelle est le fait de toute personne au monde</em> » (11). Le défi est donc de copier et d&rsquo;avoir, à partir d&rsquo;un espèce de collage, quelque chose à dire de singulier : recycler ce qui vient d’autrui pour en faire quelque chose de soi. Il y a dans cette négation de l’identité intime, le danger inhérent à la pensée inspirée par Nietzsche et son actualité. Si l’identité personnelle n’existe pas et se conditionne au social, « <em>être soi-même</em> » trouve difficilement un sens.</p>
<p>La transparence cybernétique conçue comme un remède au totalitarisme – si nous avions été au courant dans l&rsquo;instant et massivement des atrocités staliniennes ou nazis, nous aurions pu les empêcher – n&rsquo;est pas forcément dénuée de pertinence. Ce vaste mouvement d&rsquo;ouvertures, de liens, d&rsquo;expressions : qui peut être contre à part des partisans d&rsquo;un « <em>repli identitaire</em> » ? On en revient à cette foutue alternative : libertarien ou identitaire, soient deux formes qui ne remettent pas en question la domination dans sa complexité. Lorsque des forces dominantes nous demandent de nous ouvrir sans autres finalités que leurs meilleurs fonctionnements, un mouvement de repli est parfaitement soutenable. « <em>Jouons les empêchés</em> » comme le chante joliment Rémo Gary (12). Mais lorsque par réaction les dominants nous demandent de nous fixer sur une identité : passons à l&rsquo;offensive !</p>
<p>Nous mêmes, libertaires avons parfois tendance à nous réfugier dans notre histoire ou bien à attendre une révolution perpétuellement repoussée. Dans son <em>Paris, bivouac des révolutions</em>, sur la période très courte de l&rsquo;événement, Robert Tombs démythifie la Commune (13). À l&rsquo;inverse, Kristin Ross sur une période beaucoup plus longue s&rsquo;intéresse à l&rsquo;imaginaire communard (14). Dans la France de 1870, rappelle-t-elle, seule une personne sur deux maîtrisait la langue française, critère majeur pour déterminer qui est français ou ne l&rsquo;est pas. Les ouvriers étaient considérés comme étrangers à la nation. Le massacre des Communards devait contribuer à renforcer le mythe d&rsquo;un pays indivisible. D&rsquo;autre part, l&rsquo;expérience communarde montre que l&rsquo;égalité loin de réduire l&rsquo;individualisme le rend au contraire possible. On ne peut pas imposer la coopération. Les êtres ne sont pas absolus ou indivisibles mais «<em> relatifs et multiples</em> » écrivait de façon assez rimbaldienne le géographe anarchiste Léon Metchnikoff. Lucidité, imaginaire, lumière, ombre composent aussi nos identités bigarrées. Elles ne peuvent être fixes en permanence. Elles changent selon les moments, les situations etc. Elles se recomposent et ne sont pas réductibles. Ne les laissons pas mariner dans l&rsquo;aigreur de l&rsquo;argent, de la religion et du pouvoir.</p>
<p style="text-align: right;">Alexis.</p>
<p>(1) ONU, Convention relative au statut des apatrides, 1954<br />
(2) Les décodeurs, <em>Si la France créait des apatrides, ils ne quitteraient pas le pays pour autant</em>, Le Monde, 11 février 2016<br />
(3) Journal de 12h30, France Culture, 5 février 2016<br />
(4) Le Petit Robert, 2003<br />
(5) Les Météores, Gallimard, 1975<br />
(6) Seuil, 1975<br />
(7) Libertarianism, Wikipedia, 11/02/2016<br />
(8) Libertarianisme Ibid.<br />
(9) <em>Néo-fascisme et idéologie du désir</em>, 1973, réédition Delga 2013<br />
(10) Joseph Déjacque, <em>De l&rsquo;être-humain mâle et femelle, lettre à P.J. Proudhon</em><br />
(11) Minuit, 2001 (p. 48)<br />
(12) Idées reçues, 2014, <a href="http://www.remogary.com/">www.remogary.com</a><br />
(13) Libertalia, 2014<br />
(14)<em> L&rsquo;Imaginaire de la Commune</em>, La Fabrique, 2015</p>
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		<title>« Tumeurs et Silences » autour de l&#8217;étang de Berre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2014 18:34:53 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><iframe title="« Tumeurs et Silences » autour de l&#039;étang de Berre" frameborder="0" width="625" height="352" src="https://geo.dailymotion.com/player.html?video=x1cp4qy&#038;" allowfullscreen allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture; web-share"></iframe></p>
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		<title>Le temps de vivre</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Dec 2013 13:07:47 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><iframe title="Georges Moustaki  Le temps de vivre" width="625" height="352" src="https://www.youtube.com/embed/RjEk0AMpI90?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></p>
<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord un livre paru en 1965 écrit par André Remacle journaliste et écrivain communiste marseillais. L&rsquo;histoire se déroule à Martigues qui est alors pleine expansion industrielle. Le pétrole et la bagnole règnent. Louis est ouvrier dans le bâtiment. Il travaille sans relâche et fait des heures supplémentaires à n&rsquo;en plus finir. La fatigue le gagne, la télé pour seul dérivatif, sa femme, ses enfants, leurs études tout cela n&rsquo;est qu&rsquo;une sorte de mirage halluciné autour de lui. Un peu comme pour le héros de <em>La classe ouvrière va au paradis</em>, Louis se réfugie dans le travail. Sa femme s&rsquo;éloigne peu à peu de lui et fréquente l&rsquo;instituteur de son fils. La production capte l&rsquo;ensemble de ses désirs et il en devient presque fou.<span id="more-528"></span></p>
<p>Le livre n&rsquo;est pas écrit dans un style inoubliable. Pour ceux qui connaissent Martigues, on y retrouve les lieux tels qu&rsquo;ils étaient il y a 50 ans. Mais l&rsquo;intérêt de ce roman réside surtout dans cette critique du productivisme – plutôt hétérodoxe pour un auteur communiste. On discerne bien aussi cette séparation artificielle entre la culture et le travail ; l&rsquo;opposition néfaste entre l&rsquo;aspiration à la justice d&rsquo;une part et le désir de liberté d&rsquo;autre part. La femme de Louis est tentée par une aventure avec un intellectuel qui symbolise à la fois la liberté et la culture. Louis se tue à la tâche pour payer le confort de sa famille – aspiration à la justice ouvrière – mais ce faisant il s&rsquo;aliène, s&rsquo;enferme, perd sa liberté, sa curiosité, son désir.</p>
<p>On retrouve là nombre d&rsquo;aspirations qui éclateront pendant les événements de mai et juin 1968. Ce livre a été adapté au cinéma par Bernard Paul. Or le tournage s&rsquo;est déroulé à Martigues durant les grèves de 1968. Beaucoup de choses contenues dans le récit du livre explosent enfin dans tout le pays : les cadences infernales, la séparation entre intellectuels et manuels, l&rsquo;aliénation par le travail, la consommation, la télévision, la bagnole etc.</p>
<p>Georges Moustaki compose la musique du film, c&rsquo;est le <em>Temps de vivre</em>, chanson emblématique qui connut un immense succès, beaucoup plus que le livre et le film en tout cas. Esthétiquement, il est clair que cette chanson dépasse largement le livre. L&rsquo;amour et la révolution ont toujours été des thèmatiques aux sources historiques de la chanson. Celle-ci épouse les deux.</p>
<p>« <em>Viens, écoute ces mots qui vibrent sur les murs du mois de mai. Ils nous disent la certitude que tout peut changer un jour </em>».</p>
<p>Mai 68 a été un échec. Et l&rsquo;appel de ce livre, de ce film et de cette chanson sonne toujours plus vrai. Car tout s&rsquo;est encore accéléré depuis. Rivés à nos comptes Facebook exposant narcissiquement nos vies, attachés à nos Iphone, nos tablettes, derrière nos écrans plats,  scrutant nos messageries&#8230; Courant après le temps dans les transports, le travail, la vie de famille. Avec cette pénible sensation d&rsquo;être toujours débordés.</p>
<p>Il semble que la vérité du <em>Temps de vivre</em> est dans ce constat : une grande partie du pouvoir réside dans le temps, le rythme et la vitesse. Celui ou celle qui va vite impose son pouvoir et sa violence. Entre une caresse et une gifle, n&rsquo;est-ce pas au fond qu&rsquo;une question de vitesse ? (1) Une révolution juste et libre ne pourrait que laisser à chacun la possibilité d&rsquo;user de son temps comme il le souhaite et à son rythme.</p>
<p>(1) Sur le plan philosophique, ces questions sont abordées dans les livres d&rsquo;Hartmut Rosa.</p>
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		<title>Roms : le tribunal de Martigues ordonne l&#8217;expulsion</title>
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		<dc:creator><![CDATA[justelibre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Dec 2013 10:26:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Provence]]></category>
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		<category><![CDATA[Expulsion]]></category>
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					<description><![CDATA[Le tribunal de Martigues a ordonné le 17 décembre 2013, l&#8217;expulsion des cinq familles Roms occupant une maison abandonnée appartenant à l&#8217;État. Fait exceptionnel dans le département, l&#8217;expulsion est applicable sans délai alors que nous entrons en période hivernale. Le procès s&#8217;est déroulé une semaine plus tôt avec une cinquantaine de personnes solidaires devant le [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le tribunal de Martigues a ordonné le 17 décembre 2013, l&rsquo;expulsion des cinq familles Roms occupant une maison abandonnée appartenant à l&rsquo;État. Fait exceptionnel dans le département, l&rsquo;expulsion est applicable sans délai alors que nous entrons en période hivernale.<span id="more-526"></span></p>
<p>Le procès s&rsquo;est déroulé une semaine plus tôt avec une cinquantaine de personnes solidaires devant le tribunal. Un collectif important s&rsquo;est constitué sur la ville pour soutenir ces familles qui, partie prenante du combat, souhaitent rester dans une maison parfaitement tenue.</p>
<p>L&rsquo;action du collectif a permis de faire installer une arrivée d&rsquo;eau à l&rsquo;extérieur du logement, la possibilité d&rsquo;utiliser l&rsquo;électricité, la difficile prise en charge des soins et de l&rsquo;aide humanitaire, la scolarisation des enfants, le soutien juridique et la négociation avec les autorités ou de faire cesser les agissements d&rsquo;un policier ou prétendu tel qui harcelait les familles. Les travaux entraînant la destruction de la maison devraient commencer en 2018. Ces familles ne gênent personne. Elles bénéficient d&rsquo;un mouvement d&rsquo;entraide local particulièrement dynamique.</p>
<p>Mais la justice de classe a décidé. L&rsquo;État préfère diviser les pauvres entre eux plutôt qu&rsquo;ils se retournent contre les dominants. L&rsquo;État défend sa propriété. Dans un contexte électoral, la mairie communiste reste dans son attitude ambigüe. L&rsquo;Union locale CGT de Martigues (1600 adhérent-es) joue l&rsquo;indifférence.</p>
<p style="text-align: left">Face à l&rsquo;injustice et au racisme d&rsquo;État, face à une décision brutale et violente, face à la menace imminente d&rsquo;expulsion, le collectif est déterminé à poursuivre et à amplifier son action solidaire et sa vigilance.</p>
<p style="text-align: right">Groupe Orwell.</p>
<h2 style="text-align: center"><a href="https://justelibre.toile-libre.org/wp-content/uploads/Face-a-la-decision-de-justice-la-SOLIDARITE-avec-les-Roms-samplifie.pdf"><em>Face à la décision de justice, la solidarité avec les Roms s’amplifie !</em> Communiqué du collectif, 17 décembre 2013</a></h2>
<p>&nbsp;</p>
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