« Prenez le pouvoir ! » nous ordonnaient les affiches du candidat du Front de Gauche aux élections présidentielles de 2012. « C’est vous qui êtes élus à l’Assemblée » affirmait, en 2013, un député-maire dressant le bilan d’un an de mandat…
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Agustín García Calvo et l’État : la définition-destruction
Agustín García Calvo, Qu’est-ce que l’État ? ; trad. par Manuel Martinez et Marjolaine François, Atelier de création libertaire, 2021, 98 p.
Sanitairement justifiées, les mesures de restrictions des libertés imposées lors de la pandémie du Covid montraient, sous un jour assez brutal, ce que l’État entendait signifier à nos vies. Mais que signifie-t-il pour nous ?
En 1976, dans une Espagne débarrassée de Franco, un éditeur ambitionne, par de petits ouvrages, de définir telle ou telle notion politique. Qu’est-ce que l’État ? La question est posée à Agustín García Calvo qui vient de reprendre son enseignement en philologie latine à l’université de Madrid. Soutien de la contestation estudiantine espagnole dès 1965, il avait échappé à la répression en rejoignant Paris en 1969. Déjà publié en France, le livre est ici une nouvelle fois traduit après une réédition ibérique. Continuer la lecture
Lorsque l’attention du public se concentrait de manière égale entre le nationalisme d’un côté et le socialisme de l’autre, lorsqu’on pensait que ces deux doctrines étaient incompatibles et constituaient en fait la ligne de partage idéologique entre la droite et la gauche, le « parti national-socialiste des travailleurs allemands » (nazi) offrit une synthèse censée mener à l’unité nationale, une solution sémantique dont la double étiquette d’ « allemand » et de « travailleur » reliait le nationalisme de la droite à l’internationalisme de la gauche. Le nom même du mouvement nazi s’appropriait le contenu politique de tous les autres partis et prétendait implicitement les incorporer tous.
Hannah Arendt, Le système totalitaire.
Baltasar Lobo et la Jeune fille : une sculpture anarchiste
J’ai fait la connaissance de Baltasar Lobo à Martigues dans la région de Marseille. Plus exactement, c’est sur le parvis devant le tribunal de pêche, quai Lucien Toulmond, que j’ai rencontré sa Jeune fille. Il n’est pas si courant de croiser des sculptures sur le chemin de son quotidien ; l’art de la rue, l’art dans la vie.
Localement parfois surnommée “La petite sirène” en référence à la célèbre statue de Copenhague, elle est assise au milieu des camions servant aux pêcheurs, des voitures, à côté du bar des Halles, à peine remarquée ; gênant le passage comme une anomalie oubliée et laissée pudiquement de côté.

Jeune fille, Baltasar Lobo, 1968, Martigues, France, photo : service ville d’Art et Histoire, Martigues, août 2019.
Intrigué, attiré par son érotisme simple, curieux de cette Jeune fille, à la fois mystérieuse et proche, sensuelle et évasive, j’ai voulu lui parler. Qui l’a sculptée ? Pourquoi est-elle là ? Quelle place tient-elle dans l’œuvre de son créateur ? J’ai découvert une forme de cohérence entre l’esthétique de cette statue, la façon dont elle s’adresse à mes sens et à mes pensées, et ce que je sais, désormais, de la vie de son sculpteur.
Joe Hill – le film
Un film consacré à Joe Hill, réalisé par Bo Widerberg, restauré et projeté en 2015, a été édité, sur DVD, l’année dernière. Sorti en 1970, primé à Cannes un an plus tard, ce long-métrage évoque la vie d’un immigré suédois débarqué à New-York au début du XXe siècle. Confronté au chômage et à la pauvreté, Joe Hill parcourt le pays et devient un hobo. Il se syndique au sein des Industrial Workers of the World (IWW), une organisation de base, libertaire et ouverte aux femmes ainsi qu’aux travailleurs immigrés jusque-là délaissés par le syndicalisme bureaucratique américain. Continuer la lecture
Co-vide
La dictature en a rêvé, le covid l’a fait. Le soir, les rats sont plus libres de sortir que nous. Au loin, seules les sirènes des flics, des pompiers ou des ambulances. Il n’y a plus de visages. Il n’y a plus de culture. Le langage s’est transformé. Distanciation sociale. Distanciation physique. Bulle. Cas contacts. Réduisez les interactions. Restez chez vous. Tours de vis. Isolement. Dans les transports en commun, qu’en bons soldats du capital, nous ne prenons plus que pour aller travailler et consommer, les avertissements tournent en boucle jusqu’à l’insupportable. Nous devons comprendre, par ce martèlement, ce dont nous devons avoir peur. Il y avait, et il y a toujours, le terrorisme. Il y a, maintenant, ce virus. Celui de l’autre. Co-vide. La mise en commun du vide de chaque vie.
Au bois de Saint-Amand : utopographie d’une chanson d’amour
Pour toi, dont le prénom est le nom de l’aube. Avec mes excuses…
Trouver le bois de Saint-Amand, sa réalité, est difficile car la chanson est peu précise. Il est possible, cependant, de recouper la toponymie et la vie de Barbara pour essayer de s’en approcher.
Le con chez Brassens
Qu’est-ce qu’un con ? Explorons le concept à travers quelques chansons de Brassens. Lequel a pas mal labouré cet immense champ de recherches. Continuer la lecture
L’État, c’est l’anarchie !
Les anarchistes n’ont eu de cesse d’expliquer que l’anarchie c’était l’ordre moins le pouvoir, d’utiliser d’autres dénominations comme libertaire voire autogestion pour nommer leur projet de société, bref de donner un aspect positif à l’anarchie. Il reste, malgré tout, que, pour beaucoup, ce mot est négatif : synonyme de désordre, de malheur, d’inorganisation, de guerre etc.
Du fin fond de mon confinement
« Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n’est qu’une dépendance de l’ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. »
Léo Ferré – La solitude
Du fin fond de mon confinement, et puisque l’une des libertés qu’il nous reste est de pouvoir nous exprimer à distance, j’écris quelques lignes.
Là, je pense à Winston dans 1984. Winston écrit son journal. Il tousse souvent, il est malade, d’une maladie des poumons, une vague maladie, comme les vagues guerres incessantes aux confins d’Oceania. Il faut, pour l’État, qu’il y ait une guerre, toujours, c’est l’une de ses justifications majeures. Continuer la lecture